Toulouse, Musée des Abattoirs, décembre 2011

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Le célibat est-il devenu has been ?

Gloire au solo !

Il y a en France 18 millions de personnes célibataires. Soit 35% de la population. Plus leur nombre augmente, moins on parle de célibataires, le terme est devenu complètement has been, aujourd’hui on aime parler de solos ou  solistes (plus rigolo, moins effrayant).

A l’époque des Bridget Jones et Sex & the city, le phénomène était hype, le célibataire, bourré de sex-appeal, overlooké de la tête aux pieds, était un social butterfly, toujours prêt à faire un vernissage où se bourrer la gueule, testant sans complexe son pouvoir de séduction sur tout ce qui bouge.

Le célibat promettait  la belle vie. Il FALLAIT être célibataire. Quand on était en couple, on regrettait de ne pas pouvoir nous aussi faire la teuf comme des malades. Non seulement il fallait être célibataire mais il fallait le rester. On avait honte de s’inscrire sur un site de rencontres (sauf si le but était de baiser purement et simplement). Parce que la baise aussi, c’était hype. Aujourd’hui on passe pour un pervers sexuel dépourvu de coeur si on a eu plus de 3 ou 4 conquêtes dans l’année (« T’as encore changé de mec ? »).

A l’époque les célibattantes, féministes d’une nouvelle ère, nous montraient comment on pouvait être une  maman solo avec un super job qui malgré tout avait des amants pour s’éclater-le-week-end-quand-les-enfants-sont-chez-leur-père. Ce culte du célibat est désormais enterré.

Tous les moyens sont bons…pour enrayer la gangrène du célibat

En 2011 on n’a plus honte de dire qu’on s’est rencontrés grâce à un site spécialisé, car ce qui est devenu hype… c’est d’employer tous les moyens à disposition pour sortir du méchant célibat. Vouloir être en couple c’est sain, c’est bien.

Les publicitaires ont compris qu’il y avait des sommes considérables à engranger avec les solos et c’est bien eux qui ont rendu le célibat has been. Comment échapper aux sites de rencontres quand ils pullullent ? Parce que malgré la croyance populaire, il y a peu de célibataires heureux (seulement 2% selon les statistiques). Les sites de rencontres proposent aujourd’hui une offre sur-mesure : rencontres entre végétariens (« Pour un Amour Bio » nous promet l’un d’entre eux, ça fait rêver…), entre juifs, musulmans, chrétiens, entre beautiful people ( le site se vante d’être interdit aux moches…), entre geeks, entre gothiques, entre sympathisants de gauche, de droite, et même entre roux ! Ne pas s’inscrire sur un tel site est très mal considéré, on nous y encourage avec des « Tu devrais essayer, on sait jamais hein ! » ou « Machine elle a trouvé un mec génial sur meetik et devine quoi ? Elle est enceinte ! » (être enceinte ou autrement dit le Graal). Bien sûr être célibataire à 20 ans est considéré comme normal mais après 30 ans, cela devient incompréhensible. On est forcément coincé(e)-du-cul ou queutard (cascadeuse, pour les femmes). Personne ne semble penser qu’on n’a tout simplement pas rencontré quelqu’un qui nous donne envie de vivre différemment.

Maintenant qu’on a rencontré quelqu’un, vite, installons-nous ensemble !

L’autre jour, je discutais avec un ami qui me demandait « Vous allez prendre un appart ensemble avec ton mec ? ». Quand on a quelqu’un dans sa vie, on est censés vouloir s’installer en ménage pour (je cite) payer un loyer moins cher et plus généralement faire des économies. Romantisme, je te dis adieu. Le couple étant la norme, il est rassurant pour l’entourage de les imiter. Ils veulent nous caser, coûte que coûte, comme si être solo représentait le mal d’une société toujours plus individualiste.

Par ailleurs, le nombre de pacs augmente (13% de plus qu’en 2009) parce qu’avec le pacs, on paie moins d’impôts mais ça fait moins peur que le mariage, en perte de vitesse depuis des années ; au pire si ça se termine mal, les formalités prennent très peu de temps et surtout on n’aura pas à dire qu’on est désormais divorcé  mais juste que « C’est fini avec Machin(e) ».

Le couple c’est le bonheur ?

Je serais très intéressée de connaître le pourcentage de couples qui s’estiment heureux en France. Parce qu’être en couple, c’est ce que tout le monde recherche mais au final est-ce-que ça vaut le coup ? Autour de nous n’y-a-t-il pas plus de couples qui semblent s’ennuyer que le contraire ? Ne dit-on pas qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné ? Bien évidemment je n’ai trouvé aucun chiffre sur le sujet.

En revanche une étude effectuée par l’Université de Cambridge a éveillé ma curiosité (« Do positive children become positive adults ? ») Après avoir étudié plus de 2000 personnes sur plusieurs années (entre 13 et 15 ans puis à 36, 43 et 53 ans), l’étude révèle qu’un enfant heureux deviendra un adulte heureux. Cela semble tout à fait logique mais les conclusions vont bien plus loin. L’adulte heureux aura moins de mal à se séparer de son partenaire si la relation ne lui convient plus. Les gens bien dans leur peau ont confiance en eux et n’ont pas peur de la solitude, une rupture n’est pas un échec mais une chance de recommencer à zéro. Moralité : pour être en couple et le rester, il faut avoir eu une enfance triste. Moralité bis : si tu me lis et que tu es célibataire, la prochaine fois qu’on t’interroge sur ton statut, dis que ce n’est pas de ta faute, tu es un adulte exigeant qui a eu une enfance heureuse !

Robert Mapplethorpe par Sofia Coppola

Je dois dire que je n’avais jamais entendu parler du photographe Robert Mapplethorpe avant de lire l’excellent « Just Kids » de Patti Smith, où leur amour-amitié prend une belle part du récit.

Le travail de Mapplethorpe semblait se résumer à des clichés en noir en blanc où son goût prononcé pour le sado-masochisme était érigé en Art. Difficile d’apprécier certaines de ces photos sulfureuses, surtout celle représentant le photographe lui-même, tournant le dos à l’objectif, un fouet planté dans l’anus en guise de longue queue diabolique…(Selfportrait, 1978). Provocation, supercherie, Art ? On était en droit de se poser la question.

Pourtant, grâce à la  très belle exposition dirigée par Sofia Coppola à la galerie Thaddaeus Ropac, nous pouvons découvrir une autre facette de l’artiste américain.

La cinéaste a eu la chance d’avoir accès aux archives de Mapplethorpe à New-York où elle a choisi des photos proches de son univers, de ses goûts artistiques. Ici, une seule photo montrant un sexe  turgescent (certains seront déçus) ; le reste n’est que candeur, douceur et émotion.

Des natures mortes, des animaux, quelques portraits d’enfants nus ou de femmes dont le célébrissime de Patti Smith se coupant les cheveux.. C’est ici le Mapplethorpe respectable qui nous est présenté et c’est tout aussi captivant, voire davantage ! Oubliées les photos choquantes qui l’ont rendues célébre, ce qui ressort de cette expostion c’est avant tout la technique de Mapplethorpe, indiscutable. Il faut absolument se rendre à la galerie Thaddaeus Ropac pour redécouvrir cet artiste majeur du 20ème siècle. D’autant que c’est gratuit, ce qui reste un argument plus que valable en temps de crise…

 

Robert Mapplethorpe curated by Sofia Coppola

Galerie Thaddaeus Ropac 7 rue Debelleyme 3ème www.ropac.net

Jusqu’au 7 janvier 2012

Diane Arbus, artiste borderline par excellence

Teenage couple on Hudson street, NYC 1963

« You see someone on the street and essentially what you notice is the flaw »

Diane Arbus (1923-1971) a arpenté, de manière obsessionnelle,  les rues de New York à la recherche de sujets pour ses photos. Allant même jusqu’à coucher avec le sujet en question, afin d’obtenir son autorisation d’être photographié. Prête à tout au nom de l’Art !

Ses portraits, toujours en noir et blanc et de petit format, en mêlant le banal à l’extraordinaire, nous intriguent puis nous inquiètent. Car c’est bien les défauts des personnages qui nous attirent vers eux. Une constante dans son oeuvre : les sujets regardent fixement l’objectif. A travers celui-ci c’est bien sûr le spectateur qui est visé. Impossible d’échapper à celui qui nous regarde et par-là même nous interroge. Très vite le sentiment d’impudeur arrive. Le regard de chaque sujet nous raconte une histoire personnelle, des secrets. Expérience troublante.

Two boys smoking in Central Park, NYC 1962

Two ladies at the automat, NYC 1966

Petite fille riche, Diane Arbus fut fascinée par les mal-aimés, les laissés-pour-compte : les freaks de Coney island, les travestis, les handicapés mentaux, les adeptes de camps de nudisme, les gagnants de concours en tout genre. Il peut sembler difficile de trouver un sens aux 200 photographies présentées au Jeu de Paume ; pour toute explication, nous n’avons que les titres lapidaires de chaque photo :« Couple d’adolescents à Hudson street », « Jeune homme en bigoudis chez lui, 20ème rue », « Arbre de Noël dans un salon à Levittown ». A-t-on vraiment envie de voir des mongoliens se déguiser et rire aux éclats de leurs bêtises ? De voir un individu mi-homme mi-femme ? Une famille d’obèses nue ? C’est peut-être le nombre de clichés qui nous donne une réponse à nos questions : il s’agit d’un témoignage, un documentaire visuel sur les années 60. Il n’y a rien à comprendre à part que cela a existé, ce temps-là, cette Amérique-là.

A jewish giant at home with his parents in the Bronx, NYC 1970

Tattooed man at a carnival, NYC 1970

Après avoir révolutionné le monde de la photographie, Diane Arbus mettra un point d’orgue à sa carrière en se donnant la mort à 48 ans seulement : après avoir avalé des barbituriques, elle s’ouvrira également les veines, histoire de ne pas se rater…

Diane Arbus, jusqu’au 5 février 2012, Jeu de Paume http://www.jeudepaume.org

Coup de gueule #2

Mon opérateur téléphonique est formidable, chaque jour je reçois des « Alertes infos » que je n’ai absolument pas demandées ; que je le veuille ou non je suis informée de ce qui se passe dans le monde. Hier, j’ai eu droit à « L’éthylotest rendu obligatoire dans chaque véhicule par Nicolas Sarkozy dès le printemps prochain ». Bon, je ne conduis pas et je ne bois jamais (enfin, rarement) (quoique) mais je me suis demandée comment une personne ivre morte pouvait être capable de souffler dans le ballon… Personnellement j’aurais préféré « Un retour en taxi payé par l’Etat à chaque citoyen dès que son taux d’alcoolémie dépasse les 0,5 grammes ». Beaucoup plus fun !

En fin d’après-midi je reçois la « breaking news » suivante : « Jean-Luc Delarue annonce qu’il souffre d’un cancer ». Plutôt expéditif. Je me demande dans quelle mesure cette information orientée « people » voire « people glauque » peut intéresser les Français. Certes ils regardent la télévision plus de trois heures par jour et Jean-Luc Delarue a été assez omniprésent ces 20 dernières années (le générique de « Ca se discute » restera culte, et pour moi encore davantage les parodies de l’émission par Kad et Olivier) Mais organiser une conférence de presse pour annoncer son cancer,  ça me paraît un peu exagéré. On avait déjà eu droit à « JLD pète un câble dans un avion » puis « JLD s’en fout plein le nez » puis « JLD en garde à vue » puis « JLD et sa caravane anti-drogue »(et j’en passe…) Pendant ce temps, on apprenait aujourd’hui dans le New York Times que le gouvernement Afghan grâciait une femme inculpée pour « adultère » après qu’elle eût été violée tout en lui suggérant…d’épouser son violeur. Je n’ai rien à ajouter, tout a été dit, vive l’Afghanistan !

Je n’ai absolument rien à foutre du cancer de Jean-Luc Delarue. Je n’ai rien contre lui mais il n’est pas le seul à se battre contre cette maladie. Lui aura les meilleurs médecins pour éradiquer la bête, ce qui représente déjà un atout dans son combat. Je ne vais pas le plaindre. Ni me réjouir de cette info. Je m’en fous. C’est tout. Peut-être a-t-il réellement décidé de nous révéler sa maladie parce qu’un paparazzi était en possession de son dossier médical. Peut-être veut-il nous prouver qu’il est « comme tout le monde » (et je suis certaine que la majorité des Français sera touchée par cette « terrible épreuve ».)  Pauvre JLD qui va être obligé d’arrêter son émission (« Réunion de famille » sur France 2), heureusement il le dit lui-même « mais c’est un détail ». Oui, effectivement. Alors pourquoi en parler ?

Une chose est certaine, à la fin de la conférence de presse qui a eu lieu cette après-midi, Monsieur Delarue n’a pas oublié d’évoquer la ligne de bijoux qu’il lançait avec sa femme. Business is business…