Diane Arbus, artiste borderline par excellence

Teenage couple on Hudson street, NYC 1963

« You see someone on the street and essentially what you notice is the flaw »

Diane Arbus (1923-1971) a arpenté, de manière obsessionnelle,  les rues de New York à la recherche de sujets pour ses photos. Allant même jusqu’à coucher avec le sujet en question, afin d’obtenir son autorisation d’être photographié. Prête à tout au nom de l’Art !

Ses portraits, toujours en noir et blanc et de petit format, en mêlant le banal à l’extraordinaire, nous intriguent puis nous inquiètent. Car c’est bien les défauts des personnages qui nous attirent vers eux. Une constante dans son oeuvre : les sujets regardent fixement l’objectif. A travers celui-ci c’est bien sûr le spectateur qui est visé. Impossible d’échapper à celui qui nous regarde et par-là même nous interroge. Très vite le sentiment d’impudeur arrive. Le regard de chaque sujet nous raconte une histoire personnelle, des secrets. Expérience troublante.

Two boys smoking in Central Park, NYC 1962

Two ladies at the automat, NYC 1966

Petite fille riche, Diane Arbus fut fascinée par les mal-aimés, les laissés-pour-compte : les freaks de Coney island, les travestis, les handicapés mentaux, les adeptes de camps de nudisme, les gagnants de concours en tout genre. Il peut sembler difficile de trouver un sens aux 200 photographies présentées au Jeu de Paume ; pour toute explication, nous n’avons que les titres lapidaires de chaque photo :« Couple d’adolescents à Hudson street », « Jeune homme en bigoudis chez lui, 20ème rue », « Arbre de Noël dans un salon à Levittown ». A-t-on vraiment envie de voir des mongoliens se déguiser et rire aux éclats de leurs bêtises ? De voir un individu mi-homme mi-femme ? Une famille d’obèses nue ? C’est peut-être le nombre de clichés qui nous donne une réponse à nos questions : il s’agit d’un témoignage, un documentaire visuel sur les années 60. Il n’y a rien à comprendre à part que cela a existé, ce temps-là, cette Amérique-là.

A jewish giant at home with his parents in the Bronx, NYC 1970

Tattooed man at a carnival, NYC 1970

Après avoir révolutionné le monde de la photographie, Diane Arbus mettra un point d’orgue à sa carrière en se donnant la mort à 48 ans seulement : après avoir avalé des barbituriques, elle s’ouvrira également les veines, histoire de ne pas se rater…

Diane Arbus, jusqu’au 5 février 2012, Jeu de Paume http://www.jeudepaume.org

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