Comment j’ai arrêté de fumer grâce à un chat

Avant, j’étais fumeuse. Je me voyais mourir une cigarette à la main. Parce qu’elle faisait partie intégrante de ma personnalité, pensais-je. Moi qui fuis la routine,  je fumais tous les jours, au moins un paquet de blondes, toujours la même marque, comme un rituel.

Je fumais ma première cigarette peu après avoir ouvert un œil, à jeun, sans avoir bu un quelconque verre d’eau (de toute façon, je ne prenais jamais de petit-déjeuner non plus), et je fumais ma dernière cigarette juste avant de me mettre au lit.

Chaque matin, je regardais combien de cigarettes il me restait dans mon paquet, pour savoir si c’était suffisant ou non, pour savoir si je devais passer par le débit de tabac avant d’aller travailler. Lorsqu’il m’arrivait de me retrouver sans ma précieuse drogue à un moment où il était impossible d’en racheter, je paniquais. Il m’est même arrivé de pleurer de désespoir.

Mes cheveux puaient le tabac, mes doigts puaient le tabac, mes rideaux puaient le tabac, mon haleine puait le tabac, mais je m’en foutais puisque tout le monde fumait autour de moi !

J’adorais les terrasses, été comme hiver. Fumer sur des trottoirs exigus devant les cafés de mon quartier me semblait tout à fait acceptable et même, convivial.

Je trouvais rabat-joie tous ceux qui m’empêchaient de fumer en paix, particulièrement les mères de famille. Je pensais « C’est toi qui n’a pas à emmener ton enfant ici, connasse ».

Ma plus grande peur c’était ces gens qui ne fument pas mais qui décident malgré tout de faire des fêtes chez eux. Interdiction de fumer. Une aberration ! Comment peut-on faire la fête sans fumer ? J’ai profondément détesté ces gens. La plupart du temps, je m’arrangeais pour ne pas être de la partie.

Et il y avait ces gens qui se permettaient de me dire que je ferais mieux d’arrêter de fumer pour ma santé,  ceux-là je pense que j’aurais pu les brûler vifs si j’en avais eu l’occasion. Je détestais par-dessus tout qu’on me fasse la morale. Je disais toujours « Je ne bois pas de café, je ne suis pas alcoolique, j’estime que je peux continuer à fumer, c’est mon seul vice ».

Je crois pouvoir dire que j’étais fière d’être une fumeuse. A cause de l’âge d’or d’Hollywood, les femmes fatales et leur porte-cigarettes au bout des lèvres , James Dean dans la Fureur de vivre ou  Rita Hayworth dans Gilda…Fumer c’est raffiné, fumer, c’est sexy ! (et tant pis si on en meurt !)

Pour moi, les non fumeurs étaient des êtres anormaux, pas finis, qui manquaient furieusement de curiosité. Il m’arrivait de soupçonner un homme qui ne fumait pas d’être inintéressant et mauvais au lit. Les femmes qui n’avaient jamais commencé à fumer étaient des ovnis, je ne croyais pas vraiment en leur existence. Quand il m’arrivait d’en croiser une, je lui expliquais le bonheur d’être fumeuse et osais lui dire « Tu ne sais vraiment pas ce que tu rates » (sous-entendu, « Tu es une ratée, connasse »). Globalement, je voyais les non-fumeurs comme des gens chiants.

Et puis mon amie d’enfance est venue passer quelques jours chez moi. Elle était enceinte de 7 mois et demi. Je me suis conditionnée à ne pas fumer pendant son séjour mais elle m’a dit que la fumée ne la dérangeait pas. Pour cause : elle n’avait pas arrêté de fumer ! Elle fumait encore 5 cigarettes par jour parce que « le médecin a dit qu’il vaut mieux ça que d’être stressée et de stresser l’enfant ». J’avais trouvé ça assez pourri comme argument. C’est la première fois que  j’ai ouvert les yeux sur la dépendance. Je refusais l’idée d’attendre un enfant et de continuer à fumer, je ne voulais pas me trouver de fausses excuses. J’ai pensé « Un jour, si je veux un enfant, j’arrêterai de fumer bien avant ». Mais je ne voulais pas d’enfant, j’étais tranquille !

Et puis un jour j’ai adopté un animal, un chat, en l’occurrence. Voici sa photo :

Il s’avère que c’est grâce à ce chat que j’ai arrêté de fumer. Le chat détestait la cigarette, il se mettait à tousser et trembler de tout son petit corps. J’avais beau ouvrir la fenêtre, le chat continuait à tousser et à fermer les yeux à cause de la fumée qui envahissait l’espace. Il paraît que c’est rare, les chats qui ne supportent pas la cigarette. Par chance, je suis tombée sur l’un d’eux.

Le chat m’a fait ouvrir les yeux. J’étais complètement dépendante de la cigarette qui dirigeait mon existence. Ma journée typique ressemblait à ça : « Combien de cigarettes me reste-t-il ? », « Il y a un tabac là où on va ? », «  On peut fumer à la soirée de Machine ? », «  J’ai plus de clopes, t’en aurais une pour moi ? », «  Non, désolée, je n’ai plus de cigarettes ! », «  Où est mon foutu briquet ??? », «Il me manque 65 cts pour m’acheter mes clopes, tu les as ? », «  Quoi ? On ne peut pas prendre de pause cigarette dans cette boîte ? Mais j’ai besoin d’une pause, là ! », « Merde, j’ai oublié mon paquet à la maison, attends-moi j’arrive ! », « Et merde, j’ai fumé tout mon paquet, faut que je retourne au tabac… ».

Je me suis préparée à arrêter de fumer, psychologiquement. Je me suis dit que ce ne serait vraiment pas grave si je prenais un peu de poids. Dans la foulée, je me suis inscrite au sport, pensant que j’aurais besoin de me défouler pour supporter cette épreuve. J’ai choisi une date pour ma dernière cigarette. Je l’ai fumée, elle n’était même pas agréable, dans ma tête, j’étais déjà une non fumeuse.

Le livre d’Allen Carr, La méthode simple pour en finir avec la cigarette m’a conforté dans ma décision. La méthode « bourrage de crâne » est efficace lorsqu’on est déjà convaincu. C’est vrai, n’importe qui peut arrêter de fumer, il suffit de le décider. Bien sûr, il m’arrive d’avoir envie de fumer, mais je ne pense jamais à le faire. Je sais que j’ai écrasé ma dernière cigarette il y a plus de trois mois.  C’est la meilleure décision que j’ai prise de toute mon existence.

Merci mon chat ♥

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5 commentaires sur “Comment j’ai arrêté de fumer grâce à un chat

  1. Teh Lolmaster dit :

    double gg 🙂

      • D dit :

        Bonjour,
        après avoir été attiré par l’intitulé de votre article…et en avoir apprécié les premières lignes, j’ai été un peu déçu par le « dénouement ».
        Faut-il que les gens qui arrêtent de fumer sacrifient toujours à une sorte de mea culpa généralisé et désormais prévisible après avoir été auparavant intolérants (comme vous le dites) pour les non-fumeurs ?
        N’y a-t-il point de salut entre un bord et l’autre ?
        Si je ne conteste point l’envie d’arrêter de fumer, il me semble que le tabac en soi n’est pas une mauvaise chose.
        Comme pour beaucoup de « drogues », il s’agit peut-être de se poser la question: pourquoi en prend-t-on ?

        S’il n’y a plus de plaisir pourquoi en effet ne pas arrêter de fumer; sinon, on peut toujours apprécier une bonne clope (ou un bon cigare…) avec modération.

        Et quand au fait de gêner les autres et par extension son chat ou son chien, on peut toujours trouver un subterfuge;
        c’est peut-être cela le savoir vivre en société : savoir se sacrifier pour les autres sans pour autant renoncer à tout.

        D.

      • Bonsoir,
        Je suis désolée que vous ayez été déçu par le dénouement de ce billet. Cela dit, je ne comprends pas votre déception parce que tout est dit dans le titre ! C’est bien grâce à un chat que j’ai arrêté de fumer 🙂 J’avais envie d’arrêter avant que le chat n’arrive chez moi, le fait qu’il soit allergique à la cigarette a été un déclencheur, voilà tout. Vous allez peut-être me trouver vieux-jeu mais je pense qu’arrêter de fumer parce qu’on embête son chat (ou son enfant, son mari, que sais-je ?) relève du bon sens. Je n’ai absolument pas le sentiment d’avoir fait un sacrifice ou de renoncer à quoi que ce soit. Personne ne m’a forcé à le faire.Je ne pense pas faire un quelconque mea culpa, au contraire, j’ai adoré fumer (tout comme j’adore ne plus fumer aujourd’hui). Je me fous royalement que les fumeurs continuent à fumer, chacun fait ce qu’il veut ! Dans ce billet je voulais juste dire une chose que personne ne m’avait jamais dite : on peut arrêter de fumer sans que ce soit une torture, ça existe, voilà mon expérience. J’espère moins vous décevoir la prochaine fois ?!

  2. D dit :

    Rassurez-vous, vous ne m’avez point déçu…et j’avais bien compris effectivement l’histoire du chat. Vous racontez d’ailleurs assez bien et avec humour certain, vos « mésaventures » tabagiques, sinon je ne serais pas allé jusqu’au bout du billet.

    Quand à votre choix d’arrêter, bien entendu, je ne le conteste point et ne le trouve point ridicule, même de la part d’une ancienne fumeuse convaincue.

    Non, à travers cette histoire, je mettais simplement en exergue le fait que dans cette société, on soit souvent obligé de peser le pour et le contre de façon un peu trop absolue. Et en matière de cigarette, il semble ne plus y avoir que des fumeurs convaincus et des fumeurs repentants.
    Pour moi, c’est un peu comme avec ces couples qui se séparent et qui oublient les bons moments qu’ils ont passé avec leurs ex.
    Mais ceci dit, vous le dites vous-même: « j’ai adoré fumer. Vous ne reniez donc point votre passé « vaporeux » comme certains.

    En tout cas, tant mieux si votre adieu à la cigarette s’est bien passé et de façon plutôt simple et rapide; je ne voudrais en aucun cas, avec mes réflexions fumeuses, vous inciter à rechuter.

    En attendant de lire d’autres points de vue d’une « parisienne survoltée », je vous souhaite bonne continuation.

    PS: effectivement, vous savez choisir vos titres…je suis en fait « tombé » sur votre blog en faisant des recherches sur Mapplethorpe (et Arbus); j’ai donc commencé par lire vos deux billets intéressants concernant ces artistes (en vous piquant d’ailleurs quelques photos au passage); puis, votre titre avec cette histoire de chat m’a ensuite attiré.

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