Diam’s et son sauvetage par l’Islam

Il y a quelques jours j’apprenais que la chanteuse Diam’s sortait une autobiographie. La dernière fois que j’avais entendu parler d’elle, c’était il y a 3 ans dans un magazine people qui révélait que son mari était déjà marié à une autre. Il était aussi question de conversion à l’Islam. Puis plus rien jusqu’à la semaine dernière et cette couv’ du Parisien magazine (Oui, le Parisien aussi veut attirer le bobo en sortant son magazine hebdomadaire…). Puis un entretien avec l’Express, suivi d’une couv’ de VSD montrant une photo volée de la jeune femme, et  viendra également un entretien avec le magazine 7 à 8 sur TF1 ce dimanche. Une vraie promo (qui exclut tout entretien avec un homme) pour une chanteuse de 32 ans qui ne sort aucun album, juste son autobiographie.

 

Pourquoi Diam’s revient-elle dans les médias alors qu’elle ne cesse, d’interview en interview, de dire tout le mal que la célébrité lui a fait ? Elle donne la réponse dans l’entretien qu’elle a accordé à l’Express. « Ma conversion à l’islam était trop compliquée à comprendre […] Alors je me suis dit: « Tais-toi, mûris un peu, avance, et peut-être un jour tu écriras un livre. » Elle avait besoin d’écrire un livre pour justifier sa conversion, semble-t-il. Curieuse démarche. Qu’apprend-t-on ? Qu’elle a eu beaucoup de chagrin lorsque ses parents ont divorcé,  comme tous les enfants. Qu’elle a fait une crise d’adolescence puis une tentative de suicide à 15 ans. Puis le succès professionnel est arrivé et la rançon de la gloire qui va avec : la dépression la frappe, comme 8% des français, puis c’est la vallée des poupées : les médicaments pour dormir, pour calmer les angoisses, pour rester en vie.  Enfin, elle évoque longuement sa conversion à l’Islam qu’elle a décidée seule, elle insiste lourdement sur ce point. Loin d’être soumise depuis qu’elle a choisi de cacher son corps et sa tête en portant le voile, elle assure être « une femme libérée ».

Malheureusement, son retour dans les médias sonne plutôt comme une envie de se justifier. Si Diam’s est si heureuse et « en paix » qu’elle le prétend, pourquoi accorder de l’importance aux journalistes qui ne comprennent pas sa conversion ? Personnellement, je me fous éperdument qu’elle ait décidée de se convertir à l’Islam, ça me ferait le même effet d’apprendre qu’elle partouze tous les week-ends avec Rohff et Booba…En revanche, je croyais que toute personne religieuse (peu importe la religion, par ailleurs) se devait de faire preuve d’humilité et de discrétion…Je dois avouer que son omniprésence dans les médias ne colle pas avec l’image d’un personne pieuse et désintéressée.  A titre personnel, je suis toujours consternée d’apprendre qu’une femme choisit de se voiler dans un pays comme la France. Mais c’est son droit et cela ne regarde qu’elle. Alors pourquoi s’étendre sur le sujet si ce n’est par intention prosélyte ? Aujourd’hui, Diam’s la féministe milite pour « porter le voile, sereinement ». Serait-ce la véritable raison de son retour ? Remplir les mosquées grâce à son autobiographie ? Et ramasser quelques euros au passage ?

A ceux qui pensent que Diam’s fait ce qu’elle veut, je répondrais que non, elle ne fait pas ce qu’elle veut car elle est un personnage public. Et en tant que tel, on a une responsabilité. La chanteuse explique que les psys lui ont volé son argent, que la clinique psychiatrique n’a rien pu faire pour elle. Il faut rappeler qu’on n’enferme pas n’importe qui dans une clinique psychiatrique, il s’agit de régler des problèmes de comportement sévères, Diam’s le dit elle -même, elle a été accro aux anxiolytiques. Si sa conversion à l’Islam lui a permis d’aller mieux, c’est tout à son honneur, mais je ne pense pas qu’on règle des problèmes psychiatriques en priant 5 fois par jour. Propager un tel message est dangereux.  Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette jeune femme est prise pour exemple par des milliers de jeunes. Et que vont penser les jeunes filles en mal d’amour et d’attention qui liront son autobiographie écrite avec les pieds ? Que la solution aux problèmes que l’on rencontre dans la vie, c’est la religion, en l’occurrence l’Islam.  Cela me fait penser à ces adolescentes qui tombent enceintes et disent « Je ne serais plus jamais toute seule, maintenant », pensant combler le vide affectif de leur existence. Effectivement, s’occuper d’un enfant pendant au moins les 18 premières années de sa vie, c’est une vraie occupation à temps plein, mais est-ce-que cela règle les problèmes pour autant? Bien sûr que non.

Finalement, la nouvelle vie de Diam’s n’a rien d’exceptionnel et ne méritait pas un livre de 352 pages. Mis à part son succès dans la musique, elle aura eu le parcours classique de certaines filles de banlieue en manque de repères qui trouvent leur salut à travers la religion. Elle aurait pu se battre pour toutes les femmes, elle choisit de se battre pour porter le voile. Et cela ne va pas aider à faire avancer les mentalités. Diam’s est devenue un cliché. Quelle tristesse et quel manque d’originalité…

 

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De l’abus des expressions

Je me souviens d’une amie qui avait rendu un devoir d’histoire qui commençait par « Depuis la nuit des temps… ». Nous devions être en seconde. La prof avait barré en rouge et écrit à côté « familier » avec plein de points d’exclamation.  Beaucoup d’entre nous utilisent des expressions par automatisme. Par exemple, lorsqu’on a trop bu et qu’on a la bouche pâteuse, on dira souvent « J’ai mal aux cheveux » ou « J’ai la gueule de bois », ça évite de se répandre et tout le monde comprend.

"Jeter le bébé avec l'eau du bain"

« Jeter le bébé avec l’eau du bain »

Les expressions font tellement partie de notre quotidien qu’on ne se rend pas toujours compte des ravages qu’elles peuvent faire.  Je parle de « ravages » parce qu’à force de les utiliser, il arrive qu’on soit tout à fait incapable d’exprimer une idée ou une émotion sans y avoir recours.  Ainsi, on pourra vous dire «  Il croit qu’il en connait un rayon alors qu’il est con comme un balai. En plus, il est moche comme un pou et parle  français comme une vache espagnole » ou « Je suis tombé des nues quand j’ai vu qu’il pleuvait comme vache qui pisse avant de partir au turbin, j’ai vraiment la poisse ! ». Certes, j’ai un peu forcé le trait, je veux simplement dire qu’il est vraiment dommage qu’on ne soit plus capable de s’exprimer autrement qu’à travers ces images qui ont certes l’atout d’être compréhensibles de tous. Encore que… Lorsqu’on est un  enfant, il n’est pas toujours évident de toutes les comprendre,  je me souviens de ma mère expliquant à mon père qu’elle était « tombée dans les pommes au boulot ». J’imaginais ma mère en train de tomber dans une piscine de pommes, un peu comme la piscine à boules d’Ikea, je trouvais ça rigolo même si je voyais bien, à l’expression du visage de ma mère, qu’il devait s’agir d’autre chose…

Certaines personnes emploient des expressions qui n’existent pas ou pire, mélangent les expressions ensemble. J’ai déjà entendu « Au jour d’aujourd’hui » qui ne passe pas du tout, ou pire « A l’heure d’aujourd’hui » qui montre clairement un manque de culture. Dans ce domaine, les candidats de la télé-réalité sont formidables, je me souviens d’une  blonde à forte poitrine qui disait « Je suis tombée dans un disque vicieux » au lieu de « cercle vicieux » bien sûr… A mon sens les expressions les plus drôles sont à chercher au Québec, je suis particulièrement fan de l’expression « Avoir les  yeux comme une chatte qui pisse dans le son » (être amoureux), du « coupe-crotte » (ou « string », sans commentaire…), sans oublier le fameux « Creuse, creuse ! » prononcé par une femme en train de se faire culbuter dans un film porno québecois (si, si, ça existe !) (je précise pour les curieux que non je n’ai pas vu ce film, on me l’a raconté !).

Il y a donc une "niche" pour ce genre de produits...

Il y a donc une « niche » pour ce genre de produits…

Certaines expressions m’énervent. Je déteste « avoir la banane » (pareil pour « la pêche »), heureusement plus personne n’emploie cette expression à part peut-être les joueurs de diabolo sur les berges à Toulouse ou…non ? notre ancien président de la République, Nicolas Sarkozy ?!  (« Je me fais taper dessus mais j’ai la banane […] », mars 2009). J’ai appris récemment qu’existait l’expression « se cacher derrière son petit doigt », entendue dans une vidéo montrant Carine Roitfeld qui parlait de l’industrie de la mode. Ce n’est pas très élégant…Je n’aime pas non plus «faire un caca nerveux » qui me rappelle un dérivé que j’entendais il y a fort longtemps « être dans la caca », franchement, c’est beaucoup plus simple de dire « Je suis dans la merde », non ? La palme des expressions détestables revient à « encore un peu d’huile de coude ! » qui est beaucoup trop employée à mon goût. Quand quelqu’un me dit ça, une haine sourde m’empêche de continuer ce que j’étais en train de faire. Autant dire que cette expression provoque l’effet inverse de celui escompté chez moi. Palme ex aequo pour l’expression « C’est fort de café ! » qui date du XVIIème siècle (il faut savoir se renouveler, non ?).  Je propose d’envoyer  toutes les personnes utilisant ces deux expressions sur une île lointaine peuplée de boas constrictor et entourée de requins affamés.

Le jour où…un gros beauf a essayé de me séduire en m’envoyant des mails

[J’inaugure la catégorie « Le jour où… » qui me permettra d’évoquer des anecdotes personnelles, de me moquer de mon prochain ou de moi-même.]

Il y a un an et demi, je cherchais du travail (c’est assez fréquent, pour tout vous dire). Après avoir vu une annonce qui me paraissait intéressante, je décidais d’y répondre et me trouvais face à mes hypothétiques futurs employeurs peu de temps après.  Certes, le salaire affiché sur l’annonce ne correspondait en rien à mes prétentions mais la boîte pour laquelle je postulais se trouvait à 10mn à pied de chez moi…Le but était de négocier, on ne sait jamais !

Une grande blonde  aux yeux bleus, visage de poupée un peu fanée à la minceur stupéfiante m’annonce qu’elle n’aura que 5 à 10 minutes à me consacrer ; son mari se chargera du reste de l’entretien, « c’est une entreprise familiale, vous savez ». Je la vois s’éloigner avec ses vêtements moulants aux motifs « Africa meets Europe ». Je patiente un peu trop longtemps à mon goût puis le mari se présente. Lui aussi doit avoir une bonne quarantaine d’années mais son physique ne correspond en rien à celui de sa femme. Si l’on peut facilement admettre qu’elle est encore « une belle femme », lui ressemble à une blague. J’entends par blague que le type a un physique qui fait sourire. De petite taille, l’homme est doté d’un ventre proéminent alors même que le reste de son corps est « standard ». Ce  ventre est une attention whore à lui tout seul, on ne peut en détacher le regard. Ce ventre, c’est sa fierté, sa manière de dire qu’il est un bon vivant. Le visage poupin, il arbore une moustache digne de Max dans le jeu « Qui est-ce ? » et  ses yeux sont aussi ronds que ses cheveux sont frisés et hirsutes.

Très vite, il comprend que malgré mon intérêt pour sa boîte, le poste qu’il propose ainsi que le salaire ne me permettront pas de lui dire « oui », alors même qu’il souhaite « vivement » que je fasse « partie de l’équipe ». Nous parlons alors de tout autre chose, de littérature, de photographie, des expositions à voir en ce moment. Un entretien professionnel est toujours une entreprise de séduction mutuelle mais il me semble que ce n’est pas le cas, puisqu’il a compris qu’on ne travaillerait pas ensemble.  Avant de partir, je laisse entendre que je vais réfléchir tout en sachant que je n’accepterais pas son offre.  Puis j’oublie. Et je reçois ce mail quelques jours plus tard.

Bonjour,

Vous deviez revenir vers moi suite à votre entretien, mais j’ai supposé que vous ne donniez pas suite … ce qui me semble assez logique au vu de votre parcours et expérience.

Je dois cependant vous dire que j’avais eu un très bon feeling suite à ce rendez-vous.

Je vous souhaite donc bonne chance dans vos recherches.

Ce n’était pas le sujet de l’entretien mais ayant par ailleurs une activité d’édition […] et d’écriture, je reste curieux de vos activités personnelles dans ce domaine.

Echangeons à l’occasion sur ce sujet si vous le souhaitez.

Bonne journée.

Pensant naïvement que « J’avais eu un très bon feeling » n’avait aucune connotation sexuelle, je répondis à notre ami un petit blabla sur mes expériences littéraires, la déception de mon manuscrit finalement refusé il y a quelques années, tout cela sur un ton cordial. Sa réponse est un petit chef d’œuvre, non seulement il me tutoie soudainement mais il devient assez lourd. En voici les extraits les plus fascinants.

« […]J’écris personnellement avec plusieurs objectifs personnels : inventer des bulles littéraires sensuelles que l’on pourrait recréer dans la vie réelle, soigner ses maux par les mots, prendre de la distance par rapport à l’instant […]

Dans un registre tout autre, les bulles sensuelles, je me plais à assumer mon rôle d’obsédé textuel !

J’aime l’idée de co-écriture également, une manière d’explorer l’autre tout en composant des textes significatifs.

Au plaisir d’échanger sur ces différents sujets … par email ou en prenant un verre dans un café littéraire ou un bar à vins.

La vie est faite d’écriture, d’érotisme et de grands crus de bordeaux !

Ce qui donne de la saveur à tout cela c’est l’exploration et le partage.

Alors, à bientôt ? »

J’ai éclaté de rire à la lecture de ce mail. J’avais tout de même rencontré son épouse ! Cela ne l’empêchait visiblement pas de me parler de ces « bulles littéraires sensuelles » (What the fuck ??) Ce mail est d’une lourdeur assez effarante. Comment pouvait-il penser que « obsédé textuel » était un terme intelligent quand je n’y vois qu’une tentative foireuse de faire l’intello. J’ai hésité à lui répondre quelque chose de lapidaire, du style : « C’est aimable à vous mais je n’aime pas le vin,  Bonne continuation surtout ! » ou « L’érotisme ne m’intéresse pas, la pornographie oui. Mais pas avec vous. Cordialement. P.S : le vin, c’est de la merde, je préfère le gin. » Apparemment, Monsieur ne sait pas qu’on ne termine jamais un mail par une question. Parce qu’on est tenté d’y répondre par la négative.

A l’heure où les blogs qui recensent les « tentatives de séduction en milieu urbain » font sensation, je pense qu’il est important de rappeler que la lourdeur peut aussi s’exprimer à l’écrit. Il y a des hommes persuadés d’avoir une belle plume, une légitimité pour nous faire des propositions gênantes ; gênantes pour eux, pas pour nous. Parce qu’au final, on peut garder ce genre de mail et…en faire un billet pour son blog.

Voyant que je ne répondais pas à son mail, Monsieur Moustache m’en envoyait un autre, près d’un mois plus tard :

Mon mail est peut-être passé en spam…ou pas…

On sent une once de début de remise en question. Pas assez attendrissant. Je n’ai jamais répondu.