Le jour où…un gros beauf a essayé de me séduire en m’envoyant des mails

[J’inaugure la catégorie « Le jour où… » qui me permettra d’évoquer des anecdotes personnelles, de me moquer de mon prochain ou de moi-même.]

Il y a un an et demi, je cherchais du travail (c’est assez fréquent, pour tout vous dire). Après avoir vu une annonce qui me paraissait intéressante, je décidais d’y répondre et me trouvais face à mes hypothétiques futurs employeurs peu de temps après.  Certes, le salaire affiché sur l’annonce ne correspondait en rien à mes prétentions mais la boîte pour laquelle je postulais se trouvait à 10mn à pied de chez moi…Le but était de négocier, on ne sait jamais !

Une grande blonde  aux yeux bleus, visage de poupée un peu fanée à la minceur stupéfiante m’annonce qu’elle n’aura que 5 à 10 minutes à me consacrer ; son mari se chargera du reste de l’entretien, « c’est une entreprise familiale, vous savez ». Je la vois s’éloigner avec ses vêtements moulants aux motifs « Africa meets Europe ». Je patiente un peu trop longtemps à mon goût puis le mari se présente. Lui aussi doit avoir une bonne quarantaine d’années mais son physique ne correspond en rien à celui de sa femme. Si l’on peut facilement admettre qu’elle est encore « une belle femme », lui ressemble à une blague. J’entends par blague que le type a un physique qui fait sourire. De petite taille, l’homme est doté d’un ventre proéminent alors même que le reste de son corps est « standard ». Ce  ventre est une attention whore à lui tout seul, on ne peut en détacher le regard. Ce ventre, c’est sa fierté, sa manière de dire qu’il est un bon vivant. Le visage poupin, il arbore une moustache digne de Max dans le jeu « Qui est-ce ? » et  ses yeux sont aussi ronds que ses cheveux sont frisés et hirsutes.

Très vite, il comprend que malgré mon intérêt pour sa boîte, le poste qu’il propose ainsi que le salaire ne me permettront pas de lui dire « oui », alors même qu’il souhaite « vivement » que je fasse « partie de l’équipe ». Nous parlons alors de tout autre chose, de littérature, de photographie, des expositions à voir en ce moment. Un entretien professionnel est toujours une entreprise de séduction mutuelle mais il me semble que ce n’est pas le cas, puisqu’il a compris qu’on ne travaillerait pas ensemble.  Avant de partir, je laisse entendre que je vais réfléchir tout en sachant que je n’accepterais pas son offre.  Puis j’oublie. Et je reçois ce mail quelques jours plus tard.

Bonjour,

Vous deviez revenir vers moi suite à votre entretien, mais j’ai supposé que vous ne donniez pas suite … ce qui me semble assez logique au vu de votre parcours et expérience.

Je dois cependant vous dire que j’avais eu un très bon feeling suite à ce rendez-vous.

Je vous souhaite donc bonne chance dans vos recherches.

Ce n’était pas le sujet de l’entretien mais ayant par ailleurs une activité d’édition […] et d’écriture, je reste curieux de vos activités personnelles dans ce domaine.

Echangeons à l’occasion sur ce sujet si vous le souhaitez.

Bonne journée.

Pensant naïvement que « J’avais eu un très bon feeling » n’avait aucune connotation sexuelle, je répondis à notre ami un petit blabla sur mes expériences littéraires, la déception de mon manuscrit finalement refusé il y a quelques années, tout cela sur un ton cordial. Sa réponse est un petit chef d’œuvre, non seulement il me tutoie soudainement mais il devient assez lourd. En voici les extraits les plus fascinants.

« […]J’écris personnellement avec plusieurs objectifs personnels : inventer des bulles littéraires sensuelles que l’on pourrait recréer dans la vie réelle, soigner ses maux par les mots, prendre de la distance par rapport à l’instant […]

Dans un registre tout autre, les bulles sensuelles, je me plais à assumer mon rôle d’obsédé textuel !

J’aime l’idée de co-écriture également, une manière d’explorer l’autre tout en composant des textes significatifs.

Au plaisir d’échanger sur ces différents sujets … par email ou en prenant un verre dans un café littéraire ou un bar à vins.

La vie est faite d’écriture, d’érotisme et de grands crus de bordeaux !

Ce qui donne de la saveur à tout cela c’est l’exploration et le partage.

Alors, à bientôt ? »

J’ai éclaté de rire à la lecture de ce mail. J’avais tout de même rencontré son épouse ! Cela ne l’empêchait visiblement pas de me parler de ces « bulles littéraires sensuelles » (What the fuck ??) Ce mail est d’une lourdeur assez effarante. Comment pouvait-il penser que « obsédé textuel » était un terme intelligent quand je n’y vois qu’une tentative foireuse de faire l’intello. J’ai hésité à lui répondre quelque chose de lapidaire, du style : « C’est aimable à vous mais je n’aime pas le vin,  Bonne continuation surtout ! » ou « L’érotisme ne m’intéresse pas, la pornographie oui. Mais pas avec vous. Cordialement. P.S : le vin, c’est de la merde, je préfère le gin. » Apparemment, Monsieur ne sait pas qu’on ne termine jamais un mail par une question. Parce qu’on est tenté d’y répondre par la négative.

A l’heure où les blogs qui recensent les « tentatives de séduction en milieu urbain » font sensation, je pense qu’il est important de rappeler que la lourdeur peut aussi s’exprimer à l’écrit. Il y a des hommes persuadés d’avoir une belle plume, une légitimité pour nous faire des propositions gênantes ; gênantes pour eux, pas pour nous. Parce qu’au final, on peut garder ce genre de mail et…en faire un billet pour son blog.

Voyant que je ne répondais pas à son mail, Monsieur Moustache m’en envoyait un autre, près d’un mois plus tard :

Mon mail est peut-être passé en spam…ou pas…

On sent une once de début de remise en question. Pas assez attendrissant. Je n’ai jamais répondu.

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Un commentaire sur “Le jour où…un gros beauf a essayé de me séduire en m’envoyant des mails

  1. Teh Lolmaster dit :

    Rien que Max ça l’a terminé le pauvre :p

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