De l’abus des expressions

Je me souviens d’une amie qui avait rendu un devoir d’histoire qui commençait par « Depuis la nuit des temps… ». Nous devions être en seconde. La prof avait barré en rouge et écrit à côté « familier » avec plein de points d’exclamation.  Beaucoup d’entre nous utilisent des expressions par automatisme. Par exemple, lorsqu’on a trop bu et qu’on a la bouche pâteuse, on dira souvent « J’ai mal aux cheveux » ou « J’ai la gueule de bois », ça évite de se répandre et tout le monde comprend.

"Jeter le bébé avec l'eau du bain"

« Jeter le bébé avec l’eau du bain »

Les expressions font tellement partie de notre quotidien qu’on ne se rend pas toujours compte des ravages qu’elles peuvent faire.  Je parle de « ravages » parce qu’à force de les utiliser, il arrive qu’on soit tout à fait incapable d’exprimer une idée ou une émotion sans y avoir recours.  Ainsi, on pourra vous dire «  Il croit qu’il en connait un rayon alors qu’il est con comme un balai. En plus, il est moche comme un pou et parle  français comme une vache espagnole » ou « Je suis tombé des nues quand j’ai vu qu’il pleuvait comme vache qui pisse avant de partir au turbin, j’ai vraiment la poisse ! ». Certes, j’ai un peu forcé le trait, je veux simplement dire qu’il est vraiment dommage qu’on ne soit plus capable de s’exprimer autrement qu’à travers ces images qui ont certes l’atout d’être compréhensibles de tous. Encore que… Lorsqu’on est un  enfant, il n’est pas toujours évident de toutes les comprendre,  je me souviens de ma mère expliquant à mon père qu’elle était « tombée dans les pommes au boulot ». J’imaginais ma mère en train de tomber dans une piscine de pommes, un peu comme la piscine à boules d’Ikea, je trouvais ça rigolo même si je voyais bien, à l’expression du visage de ma mère, qu’il devait s’agir d’autre chose…

Certaines personnes emploient des expressions qui n’existent pas ou pire, mélangent les expressions ensemble. J’ai déjà entendu « Au jour d’aujourd’hui » qui ne passe pas du tout, ou pire « A l’heure d’aujourd’hui » qui montre clairement un manque de culture. Dans ce domaine, les candidats de la télé-réalité sont formidables, je me souviens d’une  blonde à forte poitrine qui disait « Je suis tombée dans un disque vicieux » au lieu de « cercle vicieux » bien sûr… A mon sens les expressions les plus drôles sont à chercher au Québec, je suis particulièrement fan de l’expression « Avoir les  yeux comme une chatte qui pisse dans le son » (être amoureux), du « coupe-crotte » (ou « string », sans commentaire…), sans oublier le fameux « Creuse, creuse ! » prononcé par une femme en train de se faire culbuter dans un film porno québecois (si, si, ça existe !) (je précise pour les curieux que non je n’ai pas vu ce film, on me l’a raconté !).

Il y a donc une "niche" pour ce genre de produits...

Il y a donc une « niche » pour ce genre de produits…

Certaines expressions m’énervent. Je déteste « avoir la banane » (pareil pour « la pêche »), heureusement plus personne n’emploie cette expression à part peut-être les joueurs de diabolo sur les berges à Toulouse ou…non ? notre ancien président de la République, Nicolas Sarkozy ?!  (« Je me fais taper dessus mais j’ai la banane […] », mars 2009). J’ai appris récemment qu’existait l’expression « se cacher derrière son petit doigt », entendue dans une vidéo montrant Carine Roitfeld qui parlait de l’industrie de la mode. Ce n’est pas très élégant…Je n’aime pas non plus «faire un caca nerveux » qui me rappelle un dérivé que j’entendais il y a fort longtemps « être dans la caca », franchement, c’est beaucoup plus simple de dire « Je suis dans la merde », non ? La palme des expressions détestables revient à « encore un peu d’huile de coude ! » qui est beaucoup trop employée à mon goût. Quand quelqu’un me dit ça, une haine sourde m’empêche de continuer ce que j’étais en train de faire. Autant dire que cette expression provoque l’effet inverse de celui escompté chez moi. Palme ex aequo pour l’expression « C’est fort de café ! » qui date du XVIIème siècle (il faut savoir se renouveler, non ?).  Je propose d’envoyer  toutes les personnes utilisant ces deux expressions sur une île lointaine peuplée de boas constrictor et entourée de requins affamés.

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Un commentaire sur “De l’abus des expressions

  1. Amahell dit :

    Quand il était petit, mon frère a demandé à ma mère où était rangée la bouteille d’huile de coude pour nettoyer la baignoire. Ah ah. Les ravages des expressions !

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