Cheveux chéris « Frivolités et trophées » au Musée du Quai Branly

Soirée de coiffure, Brassaï, vers 1930

Soirée de coiffure, Brassaï, vers 1930

Je dois dire que j’ai été surprise d’apprendre que le musée du quai Branly consacrait une exposition temporaire aux cheveux. Le musée du quai Branly, je n’y avais jamais mis les pieds pour la bonne et simple raison qu’il est consacré aux arts premiers, qui ne m’intéressent absolument pas. Les masques totémiques pré-colombiens et autres figures hybrides en jade me font peur, dès que j’en vois, je fais des cauchemars pendant des mois, persuadée que les objets présentés viendront posséder mon âme pendant la nuit.

Métisse tagalo-chinoise, photo anonyme

Métisse tagalo-chinoise, photo anonyme

Le cheveu, en revanche, ça me parle. J’essaie vainement de comprendre comment me coiffer depuis que je suis née. J’éprouve une réelle admiration pour ces femmes qui savent quoi faire de leur chevelure. Mon rêve serait d’avoir des cheveux d’américaine : épais, brillants, qui tiennent tous seuls. Nous chérissons nos cheveux autant que nous les maudissons et je trouvais intéressant de voir ce que pouvait donner une exposition sur ce sujet. Le musée du quai Branly regroupe environ 250 peintures classiques, sculptures, photographies, objets ethnographiques et multimédias. Il faudra au minimum 1h30 pour apprécier la visite.
Le parcours proposé correspond à celui de la vie elle-même : de sa jeunesse à sa cruelle perte, le cheveu est présenté sous tous ses aspects, dans toutes les cultures. Loin d’être superficiels, les cheveux nous permettent de comprendre nos goûts, la mode, l’époque dans laquelle on vit. La première partie, légère, nous permet d’apprécier la multiplicité des coiffures, de revoir la beauté de célèbres blondes ou brunes, telles Brigitte Bardot ou Ava Gardner.

Puis l’ambiance se fait plus solennelle, la perte des cheveux est évoquée. Au XIX ème siècle, on offrait une mèche de cheveu en gage d’amitié ou d’amour ( Voilà une pratique qui devrait être remise au goût du jour ! ). L’exposition présente un médaillon en cristal et argent contenant une mèche de Marie-Antoinette. Le cheveu, imputrescible, permet aussi de perpétuer le souvenir des morts…

L’été 1944, en France, les femmes accusées d’avoir entretenu des relations avec des soldats allemands sont tondues et humiliées publiquement, tel que le montre l’extrait du documentaire de Jean-Gabriel Périot, Eut-elle été criminelle. La foule, composée d’hommes et de femmes ravis d’assister à un lynchage en bonne et due forme a quelque chose de saisissant. Le plaisir de certains qui giflent gratuitement ces pauvres femmes, les rires sur leur passage, les croix gammés dessinées sur leurs fronts… C’était il y a à peine 60 ans…

 

La dernière partie présente des restes humains, mèches, scalps,têtes coupées,masques en cuir humain, il faut avoir le coeur bien accroché pour apprécier la fin de l’exposition ! Dans les cultures non européennes, les cheveux sont utilisés dans des ornements pour montrer sa puissance ou le groupe auquel on appartient. Aux Iles Marquises, les chefs plaçaient des mèches de cheveux de leurs ennemis sur leur bâton de prestige, effet garanti ! Le crâne égyptien momifié à la feuille d’or reste à mon sens le plus fascinant de cette partie consacrée aux pouvoirs du cheveu.

Cheveux chéris « Frivolités et trophées »jusqu’au 13 juillet 2013
Musée du Quai Branly
37 quai Branly
218 rue de l’Université
75007 Paris

Mardi, mercredi, dimanche 11h-19h
Jeudi, vendredi, samedi 11h-21h

www.quaibranly.fr

 
A Madagascar, la veuve se doit de laisser ses cheveux à l’air libre, sans les coiffer ni les laver, le but étant de repousser d’éventuels prétendants…

Femme merina en deuil, Maurice Teissonnière, vers 1880-1909

Femme merina en deuil, Maurice Teissonnière, vers 1880-1909

En voyant la coiffure de Sylvie Vartan, pas de doute, nous sommes dans les années 1960 !

Sylvie Vartan, Sam Lévin, vers 1960

Sylvie Vartan, Sam Lévin, vers 1960

Les femmes rousses sont accusées d’être des sorcières ou des séductrices dangereuses…

La liseuse, Jean-Jacques Henner, 1883

La liseuse, Jean-Jacques Henner, 1883

Ophélie, l’héroïne d’Hamlet, ses longs cheveux détachés et ses guirlandes de fleurs, avant qu’elle ne se noie dans la rivière…

Ophélie, Ernest Hébert, 1876

Ophélie, Ernest Hébert, 1876

Le sulfureux japonais Araki théâtralise la chevelure…

Nobuyoshi Araki, Untitled

Nobuyoshi Araki, Untitled

L’écrivain William Burroughs,en 1995, âgé de 81 ans,  sous l’oeil de la photographe Annie Leibovitz.

William Burroughs par Annie Leibovitz, 1995

William Burroughs par Annie Leibovitz, 1995

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