Le jour où…je me suis souvenue de mon enfance

Quand j’étais petite, mon père me racontait des histoires pour m’endormir. Je voulais toujours plus d’histoires et je crois que parfois, il était à cours d’imagination. Il y avait cette histoire de poupée à la robe dorée qui se révélait être une poupée qui parle. « Elle s’appelle comment, la poupée, papaaaa ? » « Elle s’appelle  Pas de nom »Je détestais quand il se moquait de moi mais il insistait, la poupée s’appelait vraiment Pas de nom , ce n’était pas une blague. Aujourd’hui, mon père est toujours aussi bavard, nous nous parlons au téléphone jusqu’à ce que l’un de nous deux ne raccroche pour cause de « j’ai mal à l’oreille ».

Quand j’étais petite, j’avais le sentiment de passer ma vie à attendre ma mère, qui travaillait beaucoup trop selon moi. Alors je lui écrivais des mots d’amour,  des petits mots au ton dramatique qu’elle garde encore aujourd’hui dans une boîte spéciale. A chaque fois que ma mère ouvre cette boîte devant moi, je vois l’émotion qu’elle essaie tant bien que mal de dissimuler derrière son sourire.  Ma mère est la seule personne au monde à qui j’ai écrit des mots aussi passionnés ! Aujourd’hui, j’envoie toujours une carte postale à ma mère, où que je sois, même si je ne reste qu’une demi-journée.  C’est ma façon de lui dire que je l’aime.

Quand j’étais petite, j’avais une copine qui s’appelait Tatiana. Nous écoutions Madonna en nous demandant si nous aussi, plus tard, nous aurions une belle poitrine comme elle sur la pochette de « Like a virgin ». Tatiana vivait avec ses parents et sa grand-mère qui nous préparait de succulentes crêpes aux noix comme au pays, la Yougoslavie. La grand-mère ne parlait pas un mot de français mais on arrivait étrangement à se comprendre. Son programme préféré, c’était « Zora la rousse », parfois je regardais cette série que je trouvais vieillotte et inutile avec elle, juste pour lui faire plaisir. Elle disait des trucs dans sa langue de façon très théâtrale et ça me faisait beaucoup rire. Je l’aimais beaucoup. Et puis, un jour, Tatiana a déménagé. Elle a oublié de me donner sa nouvelle adresse et nous ne nous sommes jamais revues. Mon cœur était brisé. J’écoutais « Borderline » de Madonna seule dans ma chambre, et je pleurais. Aujourd’hui, je regrette encore de ne pas avoir de ses nouvelles. L’ironie de cette histoire c’est qu’elle ne se souvient peut-être plus de moi…

Quand j’étais petite, j’étais abonnée à Sciences & Vie Junior. J’avais lu que lors d’un baiser avec la langue on échangeait des milliers de microbes. J’avais horreur des microbes alors je pensais que jamais je ne pourrais embrasser un garçon. Au final, je n’ai pas choisi mon premier baiser. Le mec le plus beau du lycée, Alexandre, m’a embrassée un soir d’Halloween, sans me demander si j’étais d’accord. Et ce n’était pas terrible. Aujourd’hui, je n’ai plus peur des microbes mais des maladies. On peut dire que j’ai un peu évoluée, donc.

Quand j’étais petite, j’allais souvent à la Rochelle chez ma grand-mère qui ne fermait jamais la porte de la salle de bain à clef. Elle n’était pas pudique. Après l’annonce de son cancer du sein, les médecins ont décidé de pratiquer la mastectomie du sein infecté. Je voyais ma grand-mère mettre son soutien-gorge et ce sein terriblement absent, le droit. Le contraste entre ce sein plein et ce vide, juste à côté. Puis elle mettait son faux sein en silicone dans le bonnet droit, pour rétablir l’équilibre. Je lui demandais si ça ne lui faisait pas mal et elle répondait  « Non, ma chérie ». Elle ne se plaignait jamais, ma grand-mère. Aujourd’hui, j’aimerais lui dire que je ne l’ai pas oubliée. Et qu’elle me manque.

Quand j’étais petite, je faisais la collection des Barbie. J’en avais 35. Toutes plus différentes les unes que les autres. J’y ai joué jusqu’à mes 13 ans…Lorsqu’il arrivait qu’une tante de mon père m’offre une poupée qui ressemblait à Barbie mais qui n’en était pas une, j’étais un peu déçue. Ma mère disait « Quand même elles auraient pu t’acheter une vraie Barbie ! », outrée que l’on offre une pâle copie à sa princesse de fille. Les fausses Barbie étaient moches alors on les donnait à la Croix Rouge. Aujourd’hui, quand, j’y repense, je me dis que j’étais une petite fille pourrie-gâtée.

Quand j’étais petite, mon grand-père, enfin, le beau-père de ma mère, avait une chienne qui s’appelait Belle. Il me semble que c’était un Berger Allemand. Un jour, nous avons eu la surprise d’apprendre qu’elle attendait des petits.  J’étais ravie de pouvoir  faire prochainement la connaissance de la ribambelle de petits chiots mignons. Le jour où Belle donna naissance à ses petits, mon grand-père mis les chiots dans un seau et nous sommes partis en voiture rejoindre l’océan Atlantique où il les a noyés un par un. J’ai pleuré à chaudes larmes et je n’ai jamais cessé de le détester depuis.  Je n’ai pas compris pourquoi il a fait ça. Il possédait un bateau et n’avait pas de problèmes d’argent. Aujourd’hui, quand j’y repense, les larmes me montent aux yeux parce que je n’ai rien pu faire…C’est le seul traumatisme de mon enfance.

Quand j’étais petite, j’adorais être petite. Je voyais bien que nous, les enfants, avions pas mal de privilèges. Je n’étais pas pressée de devenir adulte. Je ne comprenais pas pourquoi mes camarades rêvaient tous d’être « grands ». J’étais chérie par mes parents, je n’avais à me préoccuper de rien, j’étais libre de me salir, de faire des bêtises, d’inviter mes copines à la maison. C’était bien. Aujourd’hui, je suis nostalgique de mon enfance, mais je suis une adulte heureuse. Un peu femme-enfant sur les bords mais heureuse.

Merci aux petits mots d’amour de la fille de Maryline<3

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Un commentaire sur “Le jour où…je me suis souvenue de mon enfance

  1. Cela me fait songer que beaucoup d’adultes pensent aux enfants comme un groupe homogène. Tous les enfants sont différents. Quand j’étais petit bien des peurs me terrorisaient et j’étais traumatisé par plein de choses. Maintenant que je suis grand, il me reste les névroses qui en découlent…

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