♫ Je ne veux pas travailler ♫

La phobie du travail : un tabou ?

J’ai lu « Les tribulations d’une caissière » de Anna Sam, une jeune femme diplômée qui a exercé le métier de caissière pendant 8 longues années, faute de trouver un emploi dans sa branche. Au fil de ma lecture, j’ai pensé qu’il fallait être folle (ou au moins masochiste) pour accepter un métier aussi stressant, sans aucune reconnaissance, sans aucun avantage. Je vous entends déjà dire à haute voix « Oui mais si on n’a pas le choix ? ». J’ai une sainte horreur de cette phrase « J’ai pas le choix ». Si, on a TOUJOURS le choix, mais parfois, on ne fait pas le bon, c’est différent. Exercer le métier de caissière alors qu’on est diplômée (comprendre : qu’on l’a, justement, le choix), permettez-moi de penser que c’est une belle connerie. Mais là n’est pas la question…Je salue Anna Sam pour avoir eu l’idée d’écrire ses « Tribulations… », Best-seller traduit dans 22 langues et adapté au cinéma en 2010. (Elle n’aura plus jamais besoin d’être caissière. Alléluia !).

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Suite à cette lecture, j’ai pris peur en imaginant que je pourrais être caissière, puis j’ai décidé que de toute façon, ça ne m’arriverait jamais parce que ma résistance au stress est très mauvaise, je me ferais virer à la fin de la première journée. Puis je me suis dit que je n’aimais vraiment pas travailler puis je me suis demandée si la phobie du travail portait un nom. Quelqu’un m’a dit que cela s’appelait la « ponophobie » ou « l’ergophobie ». J’ai donc cherché plus de renseignements sur ces deux termes, certaine de trouver de nombreuses informations. A ma plus grande surprise, je n’ai trouvé ces mots dans aucun dictionnaire, ni Le Petit Robert 2013, ni le Petit Larousse Illustré 2013 et encore moins dans un dictionnaire médical. Ce qui m’a permis de confirmer ce que je pensais déjà : avoir des difficultés à trouver du travail, être angoissé à l’idée de travailler, ne pas aimer travailler, sont des tabous.

La ponophobie est la peur du surmenage ou le dégoût anormal de s’épuiser à la tâche. C’est une maladie mentale, voilà la seule certitude que j’ai. Il est très difficile de trouver quoi que ce soit sur cette mystérieuse maladie… L’ergophobie, est, quant à elle,  une peur anormale du travail ou de trouver du travail. Ces deux mots viennent du Grec, « ponos » = peine et « ergo » dérivé de « ergon » = travail.

SOUFFRANCE_TRAVAIL

Les sujets souffrants d’ergophobie ressentent une anxiété liée à leur lieu de travail alors même qu’ils réalisent que leur peur est irrationnelle. Ils ont peur de ne pas être à la hauteur des tâches qui leur sont confiées, peur de parler en public ou encore peur de socialiser avec leurs collègues. Les ergophobes peuvent tout à fait travailler mais cela leur est pénible, plus que les autres. Ce ne sont pas des fainéants, même si on leur fera comprendre qu’ils le sont. Je n’ai trouvé aucune statistique sur cette catégorie de la  population mais je dois avouer que je trouve presque rassurant qu’ils existent.

Travailler est peut-être considéré comme un bienfait, un facteur de stabilité et d’équilibre, c’est aussi pour beaucoup un facteur de stress. Les statistiques montrent qu’un tiers des Français considère que le travail est un simple moyen de gagner sa vie. Rien de plus. Qui sont les individus qui aiment travailler ? J. Galbraith nous donne la réponse dans Les mensonges de l’économie : vérités pour notre temps (2004) : « Les individus qui prennent le plus de plaisir à leur travail, on ne le soulignera jamais assez, sont presque universellement les mieux payés. C’est admis. »

Travailler, c’est quoi ?

Pendant des années, à la question « Et toi, tu fais quoi ? », j’ai répondu « Rien », par pure provocation. Mais c’était la vérité. Concrètement, je ne travaillais pas, je n’exerçais pas une activité rémunératrice. Mes interlocuteurs pensaient que j’étais soit une riche et jeune rentière (ou fille à papa), soit que j’étais folle (ou dépressive).

L’adage « Le travail, c’est la santé » reste la règle en société. Ne pas travailler est très mal perçu, l’entourage s’inquiète, les parents nous envoient des annonces qui pourraient correspondre à ce que nous recherchons, la question est sans cesse sur le bout des lèvres, presque comme un chuchotement « Et…sinon…tu cherches du travail, tu…t’as trouvé ? ». Selon une une étude de l’INSEE qui date de 2006, le travail est la deuxième valeur fondamentale après la famille., rien d’étonnant que le chômage inquiète autant l’entourage…

Comment définir le travail ? C’est une question légitime. A laquelle J. Galbraith répond, toujours dans le même ouvrage « […] le paradoxe est là. Le mot travail s’applique simultanément à ceux pour lesquels il est épuisant, fastidieux, désagréable, et à ceux qui n’y voient aucune contrainte, avec un sens gratifiant de leur importance personnelle, peut-être, ou de la supériorité qu’on leur reconnait en plaçant les autres sous leurs ordres. Travail désigne à la fois l’obligation imposée aux uns et la source de prestige et de forte rémunération que désirent ardemment les autres, et dont ils jouissent. User du même mot est un signe évident d’escroquerie ».

Un signe évident d’escroquerie. Non seulement on est mal payés mais en plus on nous fait croire que les cadres sup travaillent alors qu’ils se branlent la nouille en donnant des ordres à leurs subalternes. C’est pas moi qui le dit c’est un économiste américain  ! (un peu anar, l’économiste, vous noterez. Par ailleurs, paix à son âme, monsieur est décédé en 2006). Comment appeler ce « travail » gratifiant et sans contrainte dont jouissent les mieux lotis ? Voilà une activité qui va occuper le reste de ma soirée. Trouver un néologisme. Parce que je suis pauvre, mais j’ai du temps. (Toute suggestion est bien évidemment la bienvenue).

Un cadre sup au travail

Un cadre sup au travail

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7 commentaires sur “♫ Je ne veux pas travailler ♫

  1. nat dit :

    tout pareil 😉

  2. An' dit :

    As-tu vu « Attention Danger Travail » de Pierre Carles ? Je te le recommande. 🙂

  3. AUBIN dit :

    Bjr vous, 58 ans à la fin du mois et le même constat…presque 40 ans de galères : c.d.d, chômage, formations…ça use, on baisse les bras ! oui je confirme, le travail n’est pas « la panacée », le « propre de l’homme » …pour tout le monde , comme on voudrait nous le faire croire. Il y a tellement de choses intéressantes à faire , à découvrir, expérimenter ! Pourtant la retraite , et quelle retraite ? ne viendra que dans presque 10 ans pour moi : les boules! En attendant on cherche des solutions, mais lesquelles ? Boulots mal payés, non épanouissants…

  4. Cinderella dit :

    « Exercer le métier de caissière alors qu’on est diplômée (comprendre : qu’on l’a, justement, le choix), permettez-moi de penser que c’est une belle connerie. »
    Je ne suis pas d’accord avec cette phrase : sans parler de moi (qui ai été caissière de CDD en CDD pendant plusieurs années avec un bac+3 en poche, car j’ai toujours su que mon diplôme ne me mènerait pas à grand chose), on peut parfois être très diplômé et être obligé de faire des boulots foireux (caissière, serveuse, employée chez Macdo et j’en passe…) car personne ne veut nous embaucher, en tant que jeune diplômée débutante, dans le métier dont on rêverait… donc NON, au jour d’aujourd’hui c’est pas parce qu’on a les diplômes qu’on a le choix !

    Après concernant le reste de ton article : je trouve très intéressant (mais illogique aussi) le fait qu’un seul mot soit utilisé pour désigner une horrible besogne pour certains, et un moyen de s’épanouir pour d’autres… je ne m’étais jamais interrogée là-dessus jusqu’à présent !

    Je me souviens qu’une personne sur ton forum avait mis en lien une video avec je ne sais plus quel éminent professeur qui parlait du travail, et qui disait que la véritable définition du mot, étymologiquement, était proche de torture, contrainte, etc. Donc je suggère qu’on garde le mot « travail » pour le côté pénible, et qu’on cherche un néologisme pour le côté épanouissant ! lol

    • Cinderella dit :

      rectification de mon comm : au lieu de « sur ton forum » il fallait lire « sur le forum d’Angie »… au temps pour moi !

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