Le jour où…j’ai définitivement compris pourquoi les hommes ne rappellent pas

Il y a quelques années, j’ai rencontré Marie dans un TGV Paris-Toulouse. Nous nous sommes parlé instantanément comme deux personnes qui ont trop de points communs pour passer l’une à côté de l’autre. J’écoutais ses problèmes sentimentaux, familiaux, ses médicaments, ses problèmes avec la nourriture, surtout. Ce corps dans lequel elle se sentait si mal. Ce corps qu’elle voulait faire disparaitre parce qu’il la gênait. Pourtant Marie n’était pas grosse du tout. Elle avait 18 ans mais semblait plus âgée. 18 ans et déjà un air si grave, une fragilité et une détresse qui se traduisent par un regard tout le temps absent, cette façon de ne jamais te regarder quand elle te parle, d’être au bord des larmes, à deux doigts de faire une connerie, aussi. Elle ne le savait pas mais elle était vraiment belle, Marie. Les cheveux longs bruns, les yeux très bleus, la peau exagérément blanche, elle ressemblait à une héroïne tragique. Et moi je n’ai pas de sœur alors je l’ai tout de suite prise sous mon aile protectrice. J’aurais voulu la sauver.

Pendant quelques mois nous avons été proches. Marie était dans une période de régime un peu particulière, elle ne respectait pas les ordres de la diététicienne, elle ne mangeait pratiquement plus rien, elle devenait toute fine, elle était sur le point de disparaitre. Alors quand elle m’a parlé de sa solitude, de son envie d’être avec quelqu’un, j’ai pensé que si elle rencontrait un homme, peut-être se remettrait-elle à manger un peu…Nous l’avons inscrite sur un site de rencontres, c’était drôle de cliquer sur « suivant » quand la photo des hommes ne lui plaisait pas. Nous nous amusions beaucoup parce que nos goûts en matière d’hommes étaient à l’opposé, elle adorait les hommes plus vieux qu’elle, les bruns à la peau mate, les nez forts, les cheveux courts, les hommes en costume. Je la voyais sourire pour la première fois. Elle faisait enfin son âge : insouciante, fraîche, pétillante.

Rapidement, elle s’est entichée d’un garçon plus vieux qu’elle, un étudiant en médecine de 26 ans dont le pseudo était « Dr Mamour ». J’apprenais alors qu’il s’agissait d’une référence à la série Grey’s anatomy, série hospitalière complètement neuneu dans laquelle joue un certain Patrick Dempsey, considéré comme « beau gosse » par Hollywood. L’étudiant en médecine lui ressemblait vaguement, Marie était sous le charme.  Elle ne pensait plus qu’à lui, ne parlait plus que de lui, passait son temps à emprunter de l’argent à son père pour acheter de nouveaux vêtements dans le but de plaire au Dr Mamour, bref, elle n’était plus obsédée par le régime, elle était obsédée par son coup de cœur qu’elle n’avait pourtant pas encore rencontré. Puis vint le jour où le rendez-vous fut pris, elle était dans un état d’excitation assez flippant, je n’avais qu’une peur : qu’il lui brise le cœur et qu’elle recommence à manger une pomme par jour…

L'acteur Patrick Dempsey

L’acteur Patrick Dempsey

Après avoir écouté du jazz (il voulait l’impressionner) et regardé un film coréen (il voulait vraiment l’impressionner), ils firent l’amour et le lendemain, lorsque Marie quitta l’appartement du futur docteur, il lui dit « A bientôt ! » avec un large sourire supposé signifier qu’ils se reverraient bientôt pour de vrai. Sauf qu’après 3 semaines d’angoisse, il n’avait toujours pas rappelé. Marie était passé par toutes les émotions possibles : espoir, incompréhension, colère puis re-espoir, re-colère et elle était finalement restée sur l’incompréhension. Elle comptait sur moi pour l’aider à comprendre ce qui s’était passé. Parce que j’étais plus vieille qu’elle et censée connaitre les hommes. Sauf que je n’avais aucune idée de ce qui pouvait s’être passé, n’étant pas présente. Je n’osais le dire à Marie mais ce qui lui arrivait me rappelait une séquence de la série Sex & the city.

Je pensais exactement la même chose que Miranda dans cette séquence : Dr Mamour n’était tout simplement pas si intéressé que ça par Marie. Mais je ne dis rien, de peur de lui faire encore plus de peine.  Puis une idée diabolique me vint. Pourquoi ne pas me créer un profil sur le site de rencontre, prétendre être intéressée par le fameux Dr Mamour puis le rencontrer et lui demander pourquoi il n’avait jamais rappelé ma copine Marie ? Le plan était parfait. Je prétendis aimer les mêmes choses que lui et en deux temps trois mouvements je me retrouvais chez le Dr Mamour, assise dans son canapé avec une petite appréhension tout de même (s’il tentait de m’embrasser, ce serait catastrophique). Son petit numéro me fit beaucoup rire. Son joli duplex gentiment payé par papa et maman était une garçonnière de luxe, un attrape-filles de premier choix. Comment Marie n’avait-elle pas pu remarquer que le garçon n’était rien d’autre qu’un gros queutard ? Tout était si parfaitement bien agencé, il avait un bar impressionnant, rempli d’alcools qui plaisent aux filles (Baileys, liqueurs diverses, vins blancs et j’en passe), des gadgets disséminés « naturellement » ici et là. Et il faut bien l’avouer, il avait un humour redoutable et un physique charmant. Après une heure à discuter agréablement, je lui dis soudain « En fait, je ne suis pas celle que tu crois. Je suis venue chez toi pour une raison précise. .. ». Dr Mamour ne s’inquiéta pas tout de suite, non, il était plus intrigué, excité, dirais-je. Puis je finis par lâcher le morceau « Il y a trois semaines, tu as fait venir une fille du site chez toi. Une fille qui s’appelle Marie. Qui a 18 ans. Tu t’en souviens ? ». Notre Dr Mamour perdit toute couleur et moi j’eus peur de me retrouver hors de chez lui manu militari. Je continuais « Tu lui as dit que tu la rappellerais et tu ne l’as jamais fait. Je ne te connais pas, je ne suis pas là pour te juger, je suis là pour comprendre. Parce que Marie comptait sur ton appel. Parce que Marie a 18 ans. Elle croit ce qu’un homme lui dit. Je te le demande au nom de toutes les filles qui n’ont jamais compris pourquoi un homme ne les rappelait pas. Pourquoi tu n’as jamais rappelée Marie ? » Notre Dr Mamour se leva, très embêté, puis il dit qu’il était « désolé », qu’il avait dit ça « comme ça », qu’il ne savait pas s’il allait la revoir à ce moment-là, qu’il avait dit ça « machinalement ».  J’étais contente d’avoir une vraie discussion avec un homme sur ce sujet. Ce qui ressortait de tout ça, c’était surtout qu’il était aussi paumé qu’elle.  Il avait vu que Marie attendait plus, il avait préféré « faire le mort » pensant qu’elle « comprendrait ». Il ne s’était pas douté qu’elle en souffrait depuis des semaines. Il finit par avouer qu’il avait été lâche par facilité. Pour lui, 3 semaines c’était une éternité, cette histoire avec Marie était loin. Il insistait sur le fait que Marie était une jeune personne tout à fait charmante, que ce n’était pas contre elle, c’était juste lui qui n’avait pas eu une folle envie de la revoir puis le temps était passé, puis il avait vraiment oublié.  Je lui ai suggéré de prévenir ses futures conquêtes, après tout, il y a des tas de filles qui sont intéressées par un coup d’un soir. Mais il n’était pas intéressé par les one shot non plus, il était éternellement insatisfait comme ceux qui ont été gâtés par la vie. L’ironie de cette histoire ? Aujourd’hui, je suis toujours en contact avec le Dr Mamour. Il est en couple, il va très bien. Mais je n’ai plus eu aucune nouvelle de Marie depuis des années…

Publicités

L’incontournable Dali à Beaubourg

La persistance de la mémoire, 1931

La persistance de la mémoire, 1931

Le Centre Pompidou rend un hommage exceptionnel à Dali : plus de 200 peintures, sculptures, dessins, photographies mais aussi des extraits d’émissions. La dernière rétrospective du délirant espagnol a eu lieu il y a plus de 30 ans. Vous n’avez donc aucune excuse de ne pas vous y rendre.

Tout le monde croit connaitre Dali, son accent espagnol si reconnaissable, sa moustache fine et ses yeux dignes d’un fou tout juste sorti de l’asile. Un petit tour à Beaubourg vous démontrera le contraire : nous ne connaissons rien de l’artiste. Ou si peu.

Dali ce n’est pas seulement la période surréaliste qui l’a rendu si célèbre. C’est avant tout la puissance du détail ;  il ne faut pas hésiter à s’approcher des toiles pour le comprendre, observer les fourmis, phobie de Dali car elles symbolisent la mort, ou le garçonnet dans « Le spectre du sex appeal »(1934), ou encore la femme nue près du rocher dans « Falaise »(1926). Troublant de réalisme.

Je pensais que Dali avait peint en majorité de très grandes toiles. Au contraire, la majorité de ses toiles sont de petite taille, à commencer par la fameuse Persistance de la mémoire, prêtée par le MoMA pour l’exposition (à voir absolument). Dali c’est avant tout un peintre de génie, pas seulement un personnage médiatique exhibitionniste attiré par la provocation et l’argent. C’est peut-être ce que rétablit cette rétrospective. La puissance de l’œuvre au-delà de l’artiste lui-même. La technique, les couleurs, les détails, l’originalité des toiles.

Si vous voulez vous offrir un Dali, sachez qu’une très petite toile (22,5×30,3cm), Machine à coudre avec parapluies dans un paysage surréaliste a été vendue le mois dernier pour la modique somme de 1 841 200 €. Sinon il vous reste les posters vendus par la boutique du Centre Pompidou. Beaucoup plus accessibles.

Dali jusqu’au 25 mars 2013

Centre Pompidou

Paris 4ème

de 11h00 à 23h00

13€, TR 10€ / 11€, TR 9€ selon période / Forfait donnant accès à toutes les expositions temporaires et aux collections permanentes du musée

Ouvertures exceptionnelles uniquement pour l’exposition Dali :
– ouverture le dimanche dès 9h30 pour les adhérents du Centre Pompidou et les visiteurs munis de billet

L'âne pourri, 1928

L’âne pourri, 1928

Falaise, 1926

Falaise, 1926

La main de Dali retirant la Toison d'Or , 1977

La main de Dali retirant la Toison d’Or , 1977

Le spectre du sex appeal, 1934

Le spectre du sex appeal, 1934

Oeufs sur le plat (sans le plat), 1932

Oeufs sur le plat (sans le plat), 1932

Le visage de la guerre, 1940

Le visage de la guerre, 1940

Self portrait (photomontage Mao-Marilyn), 1972

Self portrait (photomontage Mao-Marilyn), 1972

Téléphone aphrodisiaque, 1938

Téléphone aphrodisiaque, 1938