[LIVRE] Faut-il acheter le dernier Houellebecq ?

Quand j’ai appris que Michel Houellebecq sortait un recueil de poésie, je dois avouer que j’ai été un peu déçue. La poésie, ça m’emmerde assez, je préfère les romans, les personnages complexes, les intrigues, les aventures imaginaires. Pourtant, j’ai pris un réel plaisir à lire les 96 pages de ce recueil, j’ai été à la fois amusée, attristée et étonnée, comme j’aurais pu l’être en lisant un roman.

La poésie de Michel Houellebecq n’a rien d’emmerdant, loin de là. Il évoque surtout la mort et l’amour. La déchéance des corps qui se flétrissent, l’inéluctable vieillesse avant de disparaître complètement, pour toujours. L’amour charnel mais aussi l’amour, le vrai, celui qui nous obsède quand on le perd, celui qu’on n’ose pas reconquérir de peur d’échouer, le seul, l’unique, l’amour d’une vie.

Le recueil est divisé en 4 parties dont la plus amusante est bien sûr « mémoires d’une bite » où Houellebecq se montre à la fois amoureux des femmes et littéralement impitoyable avec elles, comme ci-dessous.

Pauvre fille,

Cheveux plats vilain corps

Travaillant à l’aéroport

Regardant sous la pluie

Les avions décoller

Petit visage de cochon

Tout aplati par la détresse,

Les seins qui tombent à dix-sept ans

Et la triste pâleur des fesses

 

(Le système est organisé

Pour la reproduction du même,

Le darwinisme avalisé

Créé la banalité suprême.)

Les poèmes en prose côtoient les poèmes de facture plus classique, le tout forme un mélange cohérent qui laisse tout de même un goût amer pour toute personne qui admire l’écrivain et son œuvre. Michel nous inquiète, serait-ce son testament ? Les journalistes disent qu’il va mieux. C’est tout ce qu’on lui souhaite. Houellebecq est méchant mais Houellebecq est attendrissant, on aurait bien envie de lui dire que tout cela, ce n’est pas si grave, ni l’amour, ni la mort. YOLO, Michel ! (Pardon, je m’égare).

Vous l’aurez compris, la réponse est affirmative, il faut se procurer ce recueil parce qu’il contient du Beau qui vous fera réfléchir. Ce n’est pas si fréquent, vous remarquerez…

Michel Houellebecq, Configuration du dernier rivage, Flammarion (96 pages, 15 €)

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Je ne reviendrai pas

Je ne reviendrai plus

Je ne suis pas d’ici,

Le soleil m’abat

Le soleil me tue

Je n’ai pas envie.

 

La journée est ,

Elle se reproduit

Le danseur s’en va,

Personne ne le suit.

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4 commentaires sur “[LIVRE] Faut-il acheter le dernier Houellebecq ?

  1. bertfromsang dit :

    elle n’a rien d’emmerdant, la poësie, bien au contraire… elle est même bien plus vivace que le roman, en ce début de XXIe siècle… nathalie quintane, aurélie loiseleur, cécile mainardi, vincent tholomé, feu christophe tarkos, vannina maestri, julien d’abrigeon, myriam boisaubert, jérôme bertin, édith azam, sylvain courtoux, pierre alféri ou l’excellent charles pennequin, pour ne citer que quelques contemporains francophones, la façonnent avec bonheur, chacun à leur manière… houellebecq, quant à lui, est un excellent vrp de lui-même ( ah! cette cigarette tenue entre le majeur et l’annulaire…)

  2. auroreinparis dit :

    Tout à fait le style de poésie qui me parle, c’est contemporains, et ce sont les thèmes d’une époque blasée et déprimée. Ton article est super ! J’aime vraiment bien te lire 🙂

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