Déclaration d’amour à New York City

Chère New York,

La première fois que je suis venue te voir, je ne suis pas tombée amoureuse de toi. Pour tout te dire, tu m’as déçue. J’étais arrivée à Newark, probablement l’aéroport le plus déprimant au monde, planqué au fin fond du New Jersey. C’était aux alentours de Thanksgiving. La température était détestable, il faisait moins 10 degrés et je n’étais pas du tout équipée pour y faire face. J’avais pensé que prendre le bus pour rejoindre Manhattan serait plus économique. Et ça l’était ! Le chauffeur du bus portait un poing américain non pas pour « faire joli » mais bien pour se protéger. Ambiance. Il semblait très étonné de voir des touristes parmi les travailleurs et la racaille qui chante à tue-tête avec son ghetto blaster au volume maximum. Enfin arrivée à Manhattan, je me suis sentie frustrée, comme écrasée par les skyscrapers trop grands, trop hauts, dont je ne pouvais même pas voir le sommet. Et les rues décidément trop larges comme partout ailleurs aux Etats-Unis. C’était une autre époque, où New York était envahie par les putes, les trafiquants de drogue et les délinquants en tout genre que le nouveau maire, Rudolph Giuliani, avait décidé d’éradiquer en pratiquant une « tolérance zéro » effrayante mais particulièrement efficace. On sentait qu’un changement était en train de se faire, qu’il allait se faire dans la douleur, mais que la ville en sortirait grandie, embellie, plus forte que jamais.

Depuis j’ai appris à te connaître et j’ai eu envie de t’épouser tellement mon amour pour toi est devenu inconditionnel. Je ne voudrais pas faire d’infidélités à Paris qui reste la plus belle ville du monde, la ville dans laquelle je suis née, ma ville à moi. Mais toi New York, tu es plus moderne, plus énergique, plus sympathique. Tu te nourris du dynamisme de tes habitants qui n’ont pas d’autre choix que de marcher ou crever, il n’y a pas de place pour tout le monde, seuls les meilleurs, les plus méritants, auront tes grâces. Il sait de quoi il parle, Frank, quand il dit « If I can make it there, I’ll make it anywhere ». Tes habitants sont des êtres résistants qui n’ont pas oubliés d’être aimables, et c’est ce qui fait leur charme. Ils sont toujours pressés mais ils seront là si tu as besoin d’eux, si tu es perdu ; ils ont encore le sourire, les New Yorkais, parce que la vie est dure mais ils savent la chance qu’ils ont de vivre dans cette ville qui ne dort jamais. Eux, en revanche, dès qu’ils le pourront ils feront un petit somme pendant leur trajet en métro. Sans aucune honte, ils dormiront la bouche grande ouverte et se réveilleront comme par magie à leur arrêt et se lèveront  vers la sortie, dignes, régénérés.

Ils sont beaux, les New Yorkais. Les jeunes femmes qui déambulent à moitié nues dans les rues, looks à la fois improbables et fascinants. Grosses, bonnes, belles, laides, personne ne les regarde. Tout le monde s’en fout. Personne n’a le temps de se jauger. Et les femmes d’un certain âge, toujours élégantes dans leur tenue tout droit sortie du magazine Vogue. Même les chiens ont la classe. Ils imitent leurs maîtres et marchent la tête haute, à travers les rues qui les mènent à Central Park, ton poumon vert. C’est ce magnifique parc qui fait de toi cette ville parfaite, idéale. Planté au milieu de Manhattan, il contraste avec le gris qui l’entoure, il donne une occasion de marcher pieds nus dans l’herbe à l’heure de la pause déjeuner, de faire quelques exercices d’assouplissement pour évacuer le stress, de discuter avec les écureuils facétieux qui sont chez eux, d’aller à la rencontre des pandas roux qui sont dans le zoo, de faire un jogging pour faire comme dans les films. C’est exactement ça : quand je suis avec toi, New York, je me fais mon film à moi.

Je me promène dans tes rues, le dernier album des Strokes dans les oreilles, et j’imagine que Julian Casablancas se trouve là, en compagnie de son fils Cal qui a les mêmes cheveux parfaits que son père, et on parle d’Instant Crush, le titre auquel il a participé sur Random Access Memories des Daft Punk. Puis j’imagine que Larry David débarque au coin de la rue et que je l’invite à partager un knish chez Yonah Schimmel, il me dit qu’ils sont « pretty, pretty, pretty good »et j’éclate de rire. Au détour d’une rue du Lower East Side, je tombe sur Lazaro et Jack, les couturiers de Proenza Schouler qui décident de m’offrir un PS1 parce qu’ils savent que c’est le seul sac que j’ai envie de m’offrir et que mon compte en banque ne me permet plus d’en acheter un. Parce que je fais trop de bonnes affaires chez toi, New York. Je dépense trop. Tout le temps. Tu me dépouilles de tout l’argent que je possède. Je marche des kilomètres et des kilomètres pour dénicher les meilleurs plans shopping, je ne sens plus mes jambes mais je continue parce que j’aime descendre tes avenues puis les remonter, même si ça prend des heures, même si je suis épuisée. You’re fucking killing me. Mais je ne t’en veux pas. Je t’aime, New York.

A chaque fois que j’arrive, la première chose que je fais c’est courir vers le Flatiron building. Cet immeuble en forme de fer à repasser qu’on voit dans les films et les pubs. C’est mon building préféré et je suis incapable d’expliquer pourquoi. Je le trouve beau, audacieux, différent mais c’est bien plus que ça. Ce que je ressens quand je le vois, c’est la même chose que lorsqu’on revoit un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps. On est à la fois très heureux et ému. New York, ton architecture me fait tourner la tête, tu me vois chercher le meilleur angle pour prendre en photo le Chrysler building ? Je me contorsionne dans tous les sens pour essayer de capturer l’essence de tes gratte-ciels. Les regarder ne me suffit pas, les prendre en photo non plus. Je m’approche et je les touche. Je touche la pierre, je m’imprègne de leur histoire, si j’osais je leur ferais des bisous mais j’ai un peu peur qu’on me prenne pour une folle…Ah…New York, tu me rends folle !

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12 commentaires sur “Déclaration d’amour à New York City

  1. Mel dit :

    J’ai encore plus envie d’y aller maintenant merci 😉
    Belle déclaration d’une Parisienne 🙂

  2. auroreinparis dit :

    Oh Putain Shannon, ce post est sublime. Merci. Merci ! ( J’ai les larmes aux yeux même, c’est dire 🙂 )

  3. Très bien écrit. Une belle histoire d’Amour pour la plus merveilleuse ville du Monde ! Je te souhaite d’y vivre un jour !

  4. nessiefreaksandgigs dit :

    Wow! Très belle déclaration d’amour à cette ville. New York est une ville qui me fascine depuis que j’ai lu « Breakfast At Tiffany’s ». C’est malin, je deviens americanophile par ta faute 😉

  5. Joli texte, superbes photos! J’adoooooooooore New York, j’y suis allée l’automne dernier et je meurs d’impatience d’y retourner, vous ne m’aidez pas beaucoup! 😉

    • Merci beaucoup 🙂 « New York is the only real city-city », c’est Truman Capote qui le disait et ça veut tout dire. Il faut y retourner oui !

  6. Teh Lolmasta dit :

    Shit text, shit pictures – do us a favor : shut the fuck up next time !

    😉 good shit gg 🙂

  7. […] Je ne vais pas vous expliquer pourquoi j’aime New York, ce serait beaucoup trop long et je l’ai déjà fait dans mon ancien blog. Ce que je préfère à New York, c’est marcher dans les rues, me perdre volontairement, […]

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