Petit Bain et Typy P7, un duo gagnant sur les quais

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Petit Bain est mon dernier coup de cœur. C’est une barge flottante qui se trouve face à la BNF dans un quartier en plein essor, un lieu atypique comme il en faudrait plus dans la capitale, surtout l’été où on ne sait pas trop quoi faire quand on n’a pas la chance de partir en vacances. C’est un très joli lieu qui a fêté ses deux ans il y a peu et qui possède une terrasse, un restaurant et une salle de concerts.

La terrasse, espace qui peut accueillir 100 personnes, promet une vue imprenable sur la Seine, on sirotera un Mojito en écoutant de la musique qui donne envie de se remuer (mais pas de la minimal comme partout ailleurs, non, plutôt du ragga ou du dub). Et si on a une petite faim, les brochettes sont là en guise de tapas (6€). Ne soyez pas surpris de voir des baignoires remplies de plantes aquatiques, Petit Bain est aussi un espace de découverte et d’expérimentation végétale.

Le restaurant se trouve au rez-de-chaussée et je vous avoue que j’ai préféré me rendre au « Typy P7 » en face dans un espace recouvert…Ils proposent des brochettes de viande ou de gambas, pas besoin d’avoir son propre barbecue, il suffit de s’installer sur l’une des  grandes tables en bois, c’est convivial puisqu’on sera assis à côté de parfaits inconnus avec lesquels on pourra échanger quelques mots le temps d’un repas. Mais on peut aussi rester entre soi, l’espace à beau être très fréquenté, on s’entend parler. Les serveuses sont souriantes et efficaces, ce qui est également un point positif. Pour ceux qui ne souhaitent pas dîner, des transats sont à disposition pour se détendre et regarder les gens passer (une activité tellement Parisienne !).

Les concerts peuvent accueillir 450 personnes ; de genres musicaux très variés, rock vietnamien, tango turc ou hip hop africain, entre autres, ils promettent de belles découvertes en perspective. Les prix des places sont bon marché quand les concerts ne sont pas tout simplement gratuits (voir leur agenda sur le site).

Si vous avez des enfants turbulents (ou pas) dont vous ne savez que faire, sachez que « Le Club interdit aux moins de 13 ans » aura lieu un dimanche après-midi par mois à partir de la rentrée, vos enfants pourront se défouler sur le dance-floor comme les grands ! (Et le soir, épuisés, ils s’endormiront paisiblement ;))

Cerise sur le gâteau, Petit Bain permet aux personnes éloignées de l’emploi de les former et les réinsérer, c’est donc aussi un lieu de socialisation. Mais assez parler, jugez plutôt par vous-mêmes avec ces quelques photos prises lors de mes sorties là-bas…

Petit Bain
7 Port de la Gare
75013 Paris
Au pied de la BnF, à côté de la Piscine Joséphine Baker http://www.petitbain.org/

NB : Le restaurant et la salle de concerts sont accessibles aux personnes à mobilité réduite.

Typy P7, bar et restaurant face au Petit Bain https://www.facebook.com/pages/Typy-P7/201114400044447?ref=stream&viewer_id=0

 

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Rétrospective Keith Haring, The Political Line (Musée d’Art Moderne et CENTQUATRE)

Autoportrait, 1989

Autoportrait, 1989

« L’art n’est pas une activité élitiste réservée à l’appréciation d’un nombre réduit d’amateurs, il s’adresse à tout le monde. »

On ne présente plus Keith Haring, l’artiste le plus prolifique de sa génération,  véritable icône des années 80, créateur d’un style toujours aussi moderne plus de vingt ans après avoir perdu son combat contre le sida, à l’âge de 31 ans. On savait que Keith Haring était un artiste (un être) exceptionnel, cette rétrospective ne fait que renforcer ce sentiment. Ah…si seulement il avait vécu plus longtemps…

Le Musée d’Art moderne s’est allié au 104 pour présenter l’œuvre de Keith Haring sous l’angle politique, de ses combats qui furent nombreux et ce, jusqu’à son dernier souffle. Pourquoi une exposition dans deux établissements culturels ? Parce que les grands formats méritaient d’être vus dans un lieu assez grand pour les sublimer, le 104 et ses 35 000m2 étaient tout trouvés. D’autant que l’établissement est situé dans un quartier populaire et que l’idée que l’art puisse être accessible était chère à l’artiste. En effet, trois gigantesques sculptures en extérieur sont visibles par tous, gratuitement.

J’ai commencé par me rendre au 104 qui est un lieu que j’affectionne particulièrement, certes c’est à l’autre bout de la ville mais c’est un lieu extrêmement beau et vivant. Les habitants du quartier  savent que c’est un espace libre, on peut rester là, sur les transats mis à disposition, choisir un livre dans la bibliothèque qui se trouve dans la cour, profiter du soleil et du wifi gratuitement. Des danseurs de hip hop squattent l’espace sous les halles, c’est un beau spectacle que de les voir faire et refaire les mêmes pas sans fatiguer. Je crois que c’est un lieu que Keith Haring aurait aimé !

Au 104, ce sont donc les grands formats qui sont exposés, des bâches et peintures sur les thèmes de la religion, de la menace nucléaire ou du sida avec la fameuse peinture Safe Sex.

A ne pas rater : une œuvre majeure rarement exposée, Les Dix Commandements (1985), dix panneaux de 7 mètres sur 5 que l’artiste a réalisé en trois jours. Il s’agit bien évidemment d’une réinterprétation libre, inspirée de la Bible. Une dénonciation de la religion et de la société de consommation qui commence sérieusement à sévir dans les années 80. Ainsi « Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi » montre une télévision en guise de Dieu… Les dix panneaux sont impressionnants,  les grands aplats montrent la vitesse à laquelle il les a réalisés, sûr de lui, prêt à en découdre. Les signes du diable, l’enfer, les personnages avec leurs croix, comme des cibles, les serpents qui nous rappellent qu’on nous ment, que ce ne sont que des sornettes. Il faut voir cette œuvre monumentale pour le croire. Trois jours seulement !

A l’extérieur, près de la sculpture du chien rouge qui danse, un abri en bois vous propose de vous asseoir pour regarder trois documentaires sur l’artiste. Le plus intéressant s’intitule « Restless Keith Haring » et dure 36 minutes que vous ne regretterez pas. On y voit l’américain en plein travail, au Brésil, où il s’était réfugié pour échapper au tumulte, chez son ami Kenny Scharf qui tente de restaurer un dessin effacé par les affres du temps grâce à des photos (Keith Haring prenait systématiquement tout ce qu’il produisait en photo, conscient de la notion éphémère de son travail). Kenny Scharf nous apprend que Keith Haring avait le pressentiment qu’il ne vivrait pas longtemps, bien avant que le sida ne devienne malheureusement à la mode et décime tout leur groupe d’amis. Il avait conscience d’être ici-bas pour délivrer un message, c’est pour cette raison qu’il travaillait sans relâche. « Ma contribution au monde est ma capacité à dessiner », disait-il. Dessiner était une performance pour l’artiste : il prenait beaucoup de plaisir à le faire devant une audience. Entre 1980 et 1985, il aura dessiné  des centaines d’œuvres à la craie blanche sur les panneaux publicitaires noirs du métro de New York. « Quand j’ai vu qu’il y avait partout dans les couloirs du métro de ces surfaces noires, j’ai compris quelle découverte j’avais faite. » Pour contraster avec la couleur noire du support, il utilise la craie, facile à transporter, facile à utiliser.

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Au Musée d’Art Moderne, les nombreuses œuvres de Keith Haring nous montrent que malgré son succès commercial, l’artiste aura toujours eu à cœur d’aider, de combattre, de militer. Il collaborera avec un jeune artiste de rue, LA 2, participant ainsi à la démocratisation du graffiti mais aussi d’un mouvement musical en devenir, le hip hop. Si chacun connait son implication dans la défense des droits des homosexuels et la lutte contre le sida, on apprend qu’il aura mené d’autres combats de front : la lutte contre l’illettrisme, contre la drogue (« Crack is wack »), mais également le racisme. En effet, il dénoncera l’Apartheid en Afrique du Sud en distribuant plus de 20 000 posters Free South Africa  lors d’une manifestation à New York. Haring était avant-gardiste concernant des thèmes tels que la menace nucléaire (il réalisera de nombreuses affiches dont Anti-Nuclear Poster (1982)) ou la destruction de l’environnement, pas vraiment en vogue à l’époque. Plus généralement, il luttera contre toute forme d’oppression, contre toutes les discriminations. En 31 ans il aura même eu le temps de créer sa propre fondation la « Keith Haring Foundation », en 1989, qui est chargée de venir en aide aux enfants et de soutenir les organisations qui luttent contre le sida. Avant de mourir, il réalisera un rétable qui se trouve actuellement à l’église Saint-Eustache, beau pied de nez pour quelqu’un qui aura toujours lutté contre l’oppression que représente la religion…

Cette exposition nous rappelle l’importance de l’œuvre de Keith Haring et permet de démontrer à ses détracteurs, toujours jaloux de son insolent succès, que sa renommée internationale lui aura permis de transmettre des messages politiques qui sont toujours d’actualité. Et que son influence est bien là, qu’ils le veuillent ou non.

Avec près de 250 œuvres réalisées sur toile, sur bâche ou dans le métro, cette exposition est l’une des plus importantes jamais réalisées sur l’artiste dans une ville qu’il appréciait particulièrement et dans laquelle il avait vécu. C’est l’exposition à voir absolument, dépêchez-vous, elle se terminera le 18 août…

Keith Haring, The Political Line, jusqu’au 18 août 2013

AU MUSEE D’ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS
11 avenue du Président Wilson – 75116 Paris
http://www.mam.paris.fr/fr/expositions

AU CENTQUATRE
5, rue Curial
75019 Paris
http://www.104.fr

Sur présentation du billet acheté au MAM ou au 104, bénéficiez du tarif le plus bas (5,5€ ou 3€) dans l’autre lieu pour visiter la 2ème partie de l’exposition.

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Le rétable de l'église Saint-Eustache

Le rétable de l’église Saint-Eustache

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Kattenkabinet, le musée des chats à Amsterdam

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J’ai eu la chance de passer un week-end à Amsterdam qui n’est pas que la ville des coffee shops et des putes en vitrine. Certes, je ne cacherais pas au lecteur de ce blog que je n’ai pu résister à l’envie de fumer un peu de white widow pendant ce petit séjour (quoi qu’on en dise, ça détend les neurones :)).

Cette fois, j’ai pu découvrir le  musée des chats, qui se trouve sur le canal de l’Herengracht, en plein centre-ville. Cette jolie maison a été rénovée puis transformée en musée en 1990 en mémoire de JP Morgan, le chat roux de son fondateur, Bob Meijer (une partie du musée lui est consacrée). Le musée ne représente qu’un étage de la maison ; le dernier étage est habité, vous pourrez tomber sur l’un des chats qui y vivent, j’ai eu la chance d’en croiser un tigré, peu farouche, à qui j’ai pu faire quelques caresses (je n’ai malheureusement pas eu le temps de faire une photo de cette jolie créature…).

Le musée des chats est très original puisque vous n’avez pas le sentiment d’être dans un musée mais plutôt d’entrer dans l’intimité d’un inconnu, collectionneur d’art passionné par les félins. Même si le musée est petit, il regorge d’affiches, de peintures, de dessins, de sculptures d’artistes célèbres tels que Rembrandt, Toulouse-Lautrec ou encore Pablo Picasso. Il faut regarder partout, il y a tant à voir ! Il vous sera possible de vous procurer une carte postale ou une affiche dont le choix est grand. Le prix de la visite est de 6 € mais c’est une expérience peu commune qui les vaut quand on aime l’art et les chats !

Pour les amoureux des chats qui n’auraient pas les moyens de se rendre à Amsterdam pour visiter ce charmant musée, sachez que cet été devrait s’ouvrir le premier « café des chats »dans le Marais à Paris. L’occasion de boire un thé en caressant l’un des 10 chats qui seront les propriétaires du lieu. Un concept qui permettra à ceux qui n’ont pas la chance de vivre avec un félin de profiter de leurs ronronnements qui auraient des vertus anti-stress !

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Only in the USA, 8 choses à savoir avant de partir

Vous partez aux Etats-Unis pour la première fois cette année ? Vous pensez que vous êtes prêts ? Lisez ces quelques lignes pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Parce qu’il y a définitivement deux ou trois choses à savoir avant d’y aller. Les voici :

1/ Jaune fluo sera ton pipi. Oui, vous avez bien lu. Cette information ne vous parait peut-être pas capitale mais il faut savoir que c’est une vérité : aux Etats-Unis, vous remarquerez que la couleur de votre pipi sera proche du jaune fluo. Je vous le dis parce que si vous êtes un tantinet hypocondriaque comme moi, vous penserez automatiquement que vous êtes malade. Non, ce n’est pas une cystite, tout va bien. L’urine change de couleur selon ce que l’on mange, je ne sais pas ce qu’ils mettent dans les aliments aux Etats-Unis  mais je préfère ne pas le savoir…

2/ On te demandera comment tu vas très souvent dans la journée. Les Américains, contrairement à nous, pauvres Français, ont le sens du service. A chaque fois que vous entrerez dans un magasin, on vous demandera  « How are you today ? », ce qui peut sembler déconcertant. On imagine assez mal la vendeuse chez  Promod nous demander comment nous allons aujourd’hui et si nous passons une bonne journée. Surtout, ne faites pas comme moi, ne racontez pas votre vie. Ce n’est pas le but de cette question qui n’est qu’une formule de politesse. Faites un grand sourire, profitez-en pour poser une question sur ce que vous cherchez dans le magasin ou fuyez, à vous de voir.

3/ Si tu n’as pas de charlotte de douche, tu es foutue (je m’adresse ici aux femmes et autres spécimen maniaques du cheveu). Aux Etats-Unis, il est impossible de prendre une douche sans se mouiller les cheveux pour la bonne et simple raison qu’ils possèdent majoritairement des pommeaux de douche fixe comme ci-dessous. Je ne sais pas pourquoi ils sont restés à ce système archaïque qui ne permet pas de se laver correctement. Il serait temps qu’ils se mettent aux pommeaux de douche manuels comme chez nous. Il y a tout de même une bonne nouvelle : on trouve des charlottes de douche à peu près partout là-bas.

le pommeau de douche fixe américain

4/ On te demandera très naturellement à quelle église tu appartiens. Quand on sait que seulement 20% des Américains n’ont pas de religion, on comprend un peu mieux son importance dans la société américaine. Autant un New Yorkais sera compréhensif si vous vous dites athée, un Texan pourra le prendre comme une provocation et ira prier pour votre âme à la minute même où vous lui aurez fait cette confession. Si vous ne voulez pas entendre parler du « Lord » et de « God » sans cesse, dites simplement qu’en France on ne parle pas aussi facilement de ses croyances.  Vous risquerez alors de passer pour un djihadiste radical isolé mais c’est un autre problème 😉

5/Si ton IMC est compris entre 20 et 25, tu seras considéré comme « skinny ». L’Indice de Masse Corporelle compris entre 20 et 25 signifie que vous êtes tout à fait normal. Mais les Américains passeront leur temps à dire que vous êtes « skinny », ce qui n’est pas flatteur du tout puisque c’est un terme péjoratif qui veut dire « maigrichon(ne) »Si vous entendez « skinny bitch » sur votre passage, sachez qu’on jalouse votre normalité. L’avantage d’être considérée comme « skinny » c’est que votre ego sera boosté le temps des vacances. Parmi tous ces gros, vous vous sentirez maigre et fabuleuse. En revanche attention au retour à la triste réalité en France….parce qu’un voyage aux Etats-Unis, c’est souvent 3 kg de plus.

6/Attention aux marques d’affection en public. Il existe un panneau contre les marques d’affection en public aux Etats-Unis (ou « Public Display of Attention », voir ci-dessous). La plupart du temps c’est dans les écoles (collèges et lycées) que vous le verrez. Mais il pourra vous arriver de tomber dessus à un moment où vous ne vous y attendez pas… Qu’est-ce-qu’une marque d’affection en public ou PDA en américain ? S’embrasser à pleine bouche, se peloter mais aussi se prendre dans les bras ou tout simplement se promener main dans la main. Certaines villes telles que New York sont à l’aise lorsqu’un couple s’embrasse goulument en public (ce qui n’est pas étonnant lorsqu’on sait qu’une femme peut se promener poitrine à l’air en toute impunité dans la ville qui ne dort jamais)  Ce n’est pas du tout le cas à Denver (Colorado) ou Phœnix (Arizona) qui font partie des 10 villes les plus mal à l’aise avec les PDA.

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7/ Si on vous propose de la vaseline, gardez votre calme. Aux Etats-Unis, la vaseline est un produit très populaire, tout le monde en a un pot à la maison. Ils l’utilisent volontiers comme une crème hydratante ou pour s’en mettre sur les lèvres lorsqu’elles sont gercées. Il existe des pots miniatures pour les femmes qui souhaitent se remettre un peu de vaseline tout au long de la journée. Ne vous esclaffez pas si on vous propose un peu de vaseline, rassurez-vous, personne n’essaie de vous enculer (sic).

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8/ Si tu n’aimes pas la cannelle, passe ton chemin. Les américains raffolent de la cannelle, ils en mettent à peu près partout, dans les pâtisseries, les cupcakes, les viennoiseries. Il y a des bonbons à la cannelle, des chewing-gums à la cannelle. Ils en mettent aussi dans les produits de beauté, vous trouverez des crèmes pour le corps, des shampooings, masques et autres baumes pour les lèvres.  Si vous n’aimez vraiment pas ça, comme c’est parfois compliqué de savoir s’il y en a (ce n’est pas toujours indiqué), je ne vous donnerai qu’un conseil : n’achetez jamais quoi que ce soit à la pomme. Parce qu’aux Etats-Unis, l’association «pomme » et « cannelle » est automatique.  Je vous aurais prévenus…

Déclaration d’amour à New York City

Chère New York,

La première fois que je suis venue te voir, je ne suis pas tombée amoureuse de toi. Pour tout te dire, tu m’as déçue. J’étais arrivée à Newark, probablement l’aéroport le plus déprimant au monde, planqué au fin fond du New Jersey. C’était aux alentours de Thanksgiving. La température était détestable, il faisait moins 10 degrés et je n’étais pas du tout équipée pour y faire face. J’avais pensé que prendre le bus pour rejoindre Manhattan serait plus économique. Et ça l’était ! Le chauffeur du bus portait un poing américain non pas pour « faire joli » mais bien pour se protéger. Ambiance. Il semblait très étonné de voir des touristes parmi les travailleurs et la racaille qui chante à tue-tête avec son ghetto blaster au volume maximum. Enfin arrivée à Manhattan, je me suis sentie frustrée, comme écrasée par les skyscrapers trop grands, trop hauts, dont je ne pouvais même pas voir le sommet. Et les rues décidément trop larges comme partout ailleurs aux Etats-Unis. C’était une autre époque, où New York était envahie par les putes, les trafiquants de drogue et les délinquants en tout genre que le nouveau maire, Rudolph Giuliani, avait décidé d’éradiquer en pratiquant une « tolérance zéro » effrayante mais particulièrement efficace. On sentait qu’un changement était en train de se faire, qu’il allait se faire dans la douleur, mais que la ville en sortirait grandie, embellie, plus forte que jamais.

Depuis j’ai appris à te connaître et j’ai eu envie de t’épouser tellement mon amour pour toi est devenu inconditionnel. Je ne voudrais pas faire d’infidélités à Paris qui reste la plus belle ville du monde, la ville dans laquelle je suis née, ma ville à moi. Mais toi New York, tu es plus moderne, plus énergique, plus sympathique. Tu te nourris du dynamisme de tes habitants qui n’ont pas d’autre choix que de marcher ou crever, il n’y a pas de place pour tout le monde, seuls les meilleurs, les plus méritants, auront tes grâces. Il sait de quoi il parle, Frank, quand il dit « If I can make it there, I’ll make it anywhere ». Tes habitants sont des êtres résistants qui n’ont pas oubliés d’être aimables, et c’est ce qui fait leur charme. Ils sont toujours pressés mais ils seront là si tu as besoin d’eux, si tu es perdu ; ils ont encore le sourire, les New Yorkais, parce que la vie est dure mais ils savent la chance qu’ils ont de vivre dans cette ville qui ne dort jamais. Eux, en revanche, dès qu’ils le pourront ils feront un petit somme pendant leur trajet en métro. Sans aucune honte, ils dormiront la bouche grande ouverte et se réveilleront comme par magie à leur arrêt et se lèveront  vers la sortie, dignes, régénérés.

Ils sont beaux, les New Yorkais. Les jeunes femmes qui déambulent à moitié nues dans les rues, looks à la fois improbables et fascinants. Grosses, bonnes, belles, laides, personne ne les regarde. Tout le monde s’en fout. Personne n’a le temps de se jauger. Et les femmes d’un certain âge, toujours élégantes dans leur tenue tout droit sortie du magazine Vogue. Même les chiens ont la classe. Ils imitent leurs maîtres et marchent la tête haute, à travers les rues qui les mènent à Central Park, ton poumon vert. C’est ce magnifique parc qui fait de toi cette ville parfaite, idéale. Planté au milieu de Manhattan, il contraste avec le gris qui l’entoure, il donne une occasion de marcher pieds nus dans l’herbe à l’heure de la pause déjeuner, de faire quelques exercices d’assouplissement pour évacuer le stress, de discuter avec les écureuils facétieux qui sont chez eux, d’aller à la rencontre des pandas roux qui sont dans le zoo, de faire un jogging pour faire comme dans les films. C’est exactement ça : quand je suis avec toi, New York, je me fais mon film à moi.

Je me promène dans tes rues, le dernier album des Strokes dans les oreilles, et j’imagine que Julian Casablancas se trouve là, en compagnie de son fils Cal qui a les mêmes cheveux parfaits que son père, et on parle d’Instant Crush, le titre auquel il a participé sur Random Access Memories des Daft Punk. Puis j’imagine que Larry David débarque au coin de la rue et que je l’invite à partager un knish chez Yonah Schimmel, il me dit qu’ils sont « pretty, pretty, pretty good »et j’éclate de rire. Au détour d’une rue du Lower East Side, je tombe sur Lazaro et Jack, les couturiers de Proenza Schouler qui décident de m’offrir un PS1 parce qu’ils savent que c’est le seul sac que j’ai envie de m’offrir et que mon compte en banque ne me permet plus d’en acheter un. Parce que je fais trop de bonnes affaires chez toi, New York. Je dépense trop. Tout le temps. Tu me dépouilles de tout l’argent que je possède. Je marche des kilomètres et des kilomètres pour dénicher les meilleurs plans shopping, je ne sens plus mes jambes mais je continue parce que j’aime descendre tes avenues puis les remonter, même si ça prend des heures, même si je suis épuisée. You’re fucking killing me. Mais je ne t’en veux pas. Je t’aime, New York.

A chaque fois que j’arrive, la première chose que je fais c’est courir vers le Flatiron building. Cet immeuble en forme de fer à repasser qu’on voit dans les films et les pubs. C’est mon building préféré et je suis incapable d’expliquer pourquoi. Je le trouve beau, audacieux, différent mais c’est bien plus que ça. Ce que je ressens quand je le vois, c’est la même chose que lorsqu’on revoit un ami qu’on n’a pas vu depuis longtemps. On est à la fois très heureux et ému. New York, ton architecture me fait tourner la tête, tu me vois chercher le meilleur angle pour prendre en photo le Chrysler building ? Je me contorsionne dans tous les sens pour essayer de capturer l’essence de tes gratte-ciels. Les regarder ne me suffit pas, les prendre en photo non plus. Je m’approche et je les touche. Je touche la pierre, je m’imprègne de leur histoire, si j’osais je leur ferais des bisous mais j’ai un peu peur qu’on me prenne pour une folle…Ah…New York, tu me rends folle !

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[LIVRE] Faut-il acheter le dernier Houellebecq ?

Quand j’ai appris que Michel Houellebecq sortait un recueil de poésie, je dois avouer que j’ai été un peu déçue. La poésie, ça m’emmerde assez, je préfère les romans, les personnages complexes, les intrigues, les aventures imaginaires. Pourtant, j’ai pris un réel plaisir à lire les 96 pages de ce recueil, j’ai été à la fois amusée, attristée et étonnée, comme j’aurais pu l’être en lisant un roman.

La poésie de Michel Houellebecq n’a rien d’emmerdant, loin de là. Il évoque surtout la mort et l’amour. La déchéance des corps qui se flétrissent, l’inéluctable vieillesse avant de disparaître complètement, pour toujours. L’amour charnel mais aussi l’amour, le vrai, celui qui nous obsède quand on le perd, celui qu’on n’ose pas reconquérir de peur d’échouer, le seul, l’unique, l’amour d’une vie.

Le recueil est divisé en 4 parties dont la plus amusante est bien sûr « mémoires d’une bite » où Houellebecq se montre à la fois amoureux des femmes et littéralement impitoyable avec elles, comme ci-dessous.

Pauvre fille,

Cheveux plats vilain corps

Travaillant à l’aéroport

Regardant sous la pluie

Les avions décoller

Petit visage de cochon

Tout aplati par la détresse,

Les seins qui tombent à dix-sept ans

Et la triste pâleur des fesses

 

(Le système est organisé

Pour la reproduction du même,

Le darwinisme avalisé

Créé la banalité suprême.)

Les poèmes en prose côtoient les poèmes de facture plus classique, le tout forme un mélange cohérent qui laisse tout de même un goût amer pour toute personne qui admire l’écrivain et son œuvre. Michel nous inquiète, serait-ce son testament ? Les journalistes disent qu’il va mieux. C’est tout ce qu’on lui souhaite. Houellebecq est méchant mais Houellebecq est attendrissant, on aurait bien envie de lui dire que tout cela, ce n’est pas si grave, ni l’amour, ni la mort. YOLO, Michel ! (Pardon, je m’égare).

Vous l’aurez compris, la réponse est affirmative, il faut se procurer ce recueil parce qu’il contient du Beau qui vous fera réfléchir. Ce n’est pas si fréquent, vous remarquerez…

Michel Houellebecq, Configuration du dernier rivage, Flammarion (96 pages, 15 €)

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Je ne reviendrai pas

Je ne reviendrai plus

Je ne suis pas d’ici,

Le soleil m’abat

Le soleil me tue

Je n’ai pas envie.

 

La journée est ,

Elle se reproduit

Le danseur s’en va,

Personne ne le suit.

[LIVRE] Les tribulations d’une Japonaise à Paris

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A tous les amateurs ou amoureux du Japon, je conseille vivement ce petit livre (123 pages), parfait pour égayer vos trajets en métro. Il raconte les tribulations d’une Japonaise à Paris, Eriko Nakamura, une véritable star dans son pays ; elle a été présentatrice pendant des années sur la chaîne Fuji TV avant de rencontrer l’amour auprès d’un Parisien. Elle épouse celui qu’elle appelle affectueusement Charles-San après une histoire digne d’un conte de fée moderne (attention, les jalouses risquent de maigrir à vue d’œil).

« Nââândé!? » est l’expression qu’Eriko utilise à chaque fois que le choc des cultures est trop violent, c’est, en quelque sorte, un cri de détresse face aux mœurs parisiennes. On pourrait traduire ce « Nââândé!? » par un « Non mais je rêve !? » sur le ton le plus outré possible. Les taxis qui refusent les petites courses, les serveurs de restaurant qui mettent l’addition sur la table comme s’ils voulaient se débarrasser des clients, les parisiens qui sortent dans des boîtes branchés pour faire la gueule au lieu de chanter et de danser sont autant d’incompréhensions pour Eriko. Elle résume bien le choc des cultures entre son pays d’origine et son pays d’adoption dans cette phrase : « La France est un pays de droit, de revendication, alors que le Japon est un pays de devoir et d’obligation ».

« Nââândé!? » fait écho à « Stupeurs et tremblements » d’Amélie Nothomb, qui racontait les tribulations d’une Belge au Japon. Même s’il s’agit plus d’une collection d’anecdotes que d’une véritable œuvre littéraire, j’ai particulièrement apprécié d’approfondir ma connaissance de la culture nippone. Je ne savais pas qu’au Japon, la robe de mariée ne s’achète pas, elle se loue car elle ne sera portée qu’une fois (coutume tellement plus logique que la nôtre…), j’ai appris la différence entre une Sweet lolita et une Fruit Lolita et surtout…je me suis rendue à l’évidence : elle a raison, Eriko, les Parisiens sont « cavaliers ». J’essaierai d’être plus aimable la prochaine fois qu’un touriste me demande mon chemin. Parole d’honneur !

Nââândé de Eriko Nakamura, Pocket (123 pages, 5,70 €)

Trop kawaiii !

Trop kawaiii !