Le célibat est-il devenu has been ?

Gloire au solo !

Il y a en France 18 millions de personnes célibataires. Soit 35% de la population. Plus leur nombre augmente, moins on parle de célibataires, le terme est devenu complètement has been, aujourd’hui on aime parler de solos ou  solistes (plus rigolo, moins effrayant).

A l’époque des Bridget Jones et Sex & the city, le phénomène était hype, le célibataire, bourré de sex-appeal, overlooké de la tête aux pieds, était un social butterfly, toujours prêt à faire un vernissage où se bourrer la gueule, testant sans complexe son pouvoir de séduction sur tout ce qui bouge.

Le célibat promettait  la belle vie. Il FALLAIT être célibataire. Quand on était en couple, on regrettait de ne pas pouvoir nous aussi faire la teuf comme des malades. Non seulement il fallait être célibataire mais il fallait le rester. On avait honte de s’inscrire sur un site de rencontres (sauf si le but était de baiser purement et simplement). Parce que la baise aussi, c’était hype. Aujourd’hui on passe pour un pervers sexuel dépourvu de coeur si on a eu plus de 3 ou 4 conquêtes dans l’année (« T’as encore changé de mec ? »).

A l’époque les célibattantes, féministes d’une nouvelle ère, nous montraient comment on pouvait être une  maman solo avec un super job qui malgré tout avait des amants pour s’éclater-le-week-end-quand-les-enfants-sont-chez-leur-père. Ce culte du célibat est désormais enterré.

Tous les moyens sont bons…pour enrayer la gangrène du célibat

En 2011 on n’a plus honte de dire qu’on s’est rencontrés grâce à un site spécialisé, car ce qui est devenu hype… c’est d’employer tous les moyens à disposition pour sortir du méchant célibat. Vouloir être en couple c’est sain, c’est bien.

Les publicitaires ont compris qu’il y avait des sommes considérables à engranger avec les solos et c’est bien eux qui ont rendu le célibat has been. Comment échapper aux sites de rencontres quand ils pullullent ? Parce que malgré la croyance populaire, il y a peu de célibataires heureux (seulement 2% selon les statistiques). Les sites de rencontres proposent aujourd’hui une offre sur-mesure : rencontres entre végétariens (« Pour un Amour Bio » nous promet l’un d’entre eux, ça fait rêver…), entre juifs, musulmans, chrétiens, entre beautiful people ( le site se vante d’être interdit aux moches…), entre geeks, entre gothiques, entre sympathisants de gauche, de droite, et même entre roux ! Ne pas s’inscrire sur un tel site est très mal considéré, on nous y encourage avec des « Tu devrais essayer, on sait jamais hein ! » ou « Machine elle a trouvé un mec génial sur meetik et devine quoi ? Elle est enceinte ! » (être enceinte ou autrement dit le Graal). Bien sûr être célibataire à 20 ans est considéré comme normal mais après 30 ans, cela devient incompréhensible. On est forcément coincé(e)-du-cul ou queutard (cascadeuse, pour les femmes). Personne ne semble penser qu’on n’a tout simplement pas rencontré quelqu’un qui nous donne envie de vivre différemment.

Maintenant qu’on a rencontré quelqu’un, vite, installons-nous ensemble !

L’autre jour, je discutais avec un ami qui me demandait « Vous allez prendre un appart ensemble avec ton mec ? ». Quand on a quelqu’un dans sa vie, on est censés vouloir s’installer en ménage pour (je cite) payer un loyer moins cher et plus généralement faire des économies. Romantisme, je te dis adieu. Le couple étant la norme, il est rassurant pour l’entourage de les imiter. Ils veulent nous caser, coûte que coûte, comme si être solo représentait le mal d’une société toujours plus individualiste.

Par ailleurs, le nombre de pacs augmente (13% de plus qu’en 2009) parce qu’avec le pacs, on paie moins d’impôts mais ça fait moins peur que le mariage, en perte de vitesse depuis des années ; au pire si ça se termine mal, les formalités prennent très peu de temps et surtout on n’aura pas à dire qu’on est désormais divorcé  mais juste que « C’est fini avec Machin(e) ».

Le couple c’est le bonheur ?

Je serais très intéressée de connaître le pourcentage de couples qui s’estiment heureux en France. Parce qu’être en couple, c’est ce que tout le monde recherche mais au final est-ce-que ça vaut le coup ? Autour de nous n’y-a-t-il pas plus de couples qui semblent s’ennuyer que le contraire ? Ne dit-on pas qu’il vaut mieux être seul que mal accompagné ? Bien évidemment je n’ai trouvé aucun chiffre sur le sujet.

En revanche une étude effectuée par l’Université de Cambridge a éveillé ma curiosité (« Do positive children become positive adults ? ») Après avoir étudié plus de 2000 personnes sur plusieurs années (entre 13 et 15 ans puis à 36, 43 et 53 ans), l’étude révèle qu’un enfant heureux deviendra un adulte heureux. Cela semble tout à fait logique mais les conclusions vont bien plus loin. L’adulte heureux aura moins de mal à se séparer de son partenaire si la relation ne lui convient plus. Les gens bien dans leur peau ont confiance en eux et n’ont pas peur de la solitude, une rupture n’est pas un échec mais une chance de recommencer à zéro. Moralité : pour être en couple et le rester, il faut avoir eu une enfance triste. Moralité bis : si tu me lis et que tu es célibataire, la prochaine fois qu’on t’interroge sur ton statut, dis que ce n’est pas de ta faute, tu es un adulte exigeant qui a eu une enfance heureuse !